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Avant-propos
Je
tiens à remercier Gery Bonjean de m’autoriser à apporter ma modeste
contribution à ce livre qu’il a eu la bonne et généreuse idée de
mettre en ligne. Merci également à Bernard Nomblot, dont l’œil acéré
ne laisse échapper aucune « fote » de frappe, qui a
d’excellentes idées sur la fabrication des flèches et un coup de
main sûr quand il s’agit de « percuter » du silex.
Comme
Gery, j’ai cassé beaucoup de bois avant d‘avoir la révélation :
le livre de Jim Hamm découvert par hasard à la FNAC alors que
j’allais renoncer à fabriquer des arcs après m’être cru plus
malin que Cromagnon et Sitting Bull réunis.
J’ai
longtemps hésité à renforcer mes arcs avec des tendons : trop
compliqué! M’étant aperçu, après un essai, que ce n’était en
fait pas si terrible, j’ai décidé de me lancer aussi dans la
fabrication des flèches primitives, opération périlleuse selon maître
Hamm, plus difficile que le renforcement d’un arc. Casser ou louper
une flèche, c’est quand même moins rageant que casser un bel arc, me
suis-je dis.
Si
on décide de fabriquer ses flèches, il y a auparavant plusieurs
facteurs auxquels il faut penser.
Tout d’abord, « primitif »
ne signifie pas grossier ni inefficace, pour les flèches comme pour les
arcs.
Ensuite, il faut décider
à quel usage sont destinées ces flèches. S’il
s’agit de préparer les JO, d’utiliser des arcs high tech avec
conduite de tir assistée par ordinateur ou autre, laissez tomber et
allez dans le premier magasin d’archerie acheter des flèches en fibre
de carbone, ou plutôt commandez les par Internet. S’il
s’agit de se faire plaisir en tirant dans la nature avec des armes
faites « maison » selon des modèles remontant à une
dizaine de milliers d’années, de connaître les mêmes sensations que
nos ancêtres ou que les Indiens, vous pouvez continuer à lire.
J’ai
constaté que personne ne s’était jamais intéressé à mes flèches
du commerce (oui, j’en ai !), mais que tout le monde examinait et
manipulait mes flèches primitives avec attention, voire avec respect.
C’est peut-être parce que ce qui est parfait n’est pas humain, ou
ennuyeux. Vos flèches primitives ne seront pas parfaites, mais vous ne
vous ennuierez pas en les fabriquant ni en expliquant comment vous les
avez faites. Je
ne traiterai que de ce que je connais et que j’ai expérimenté,
c’est à dire les flèches indiennes (mes préférées, comme les
arcs) et les flèches que je qualifie, sans doute faussement mais
c’est pratique, de néolithiques. Pour les autres flèches, celles
destinées au long bow anglais par exemple, il suffira d’extrapoler,
les principes restant les mêmes. Je
n’ai rien inventé, mais ma paresse naturelle m’a permis de trouver
quelques astuces qui simplifient la vie et permettent de gagner du
temps, chose dont nos ancêtres chasseurs ne manquaient pas, n’ayant
ni train à prendre ni match de foot à la télé à ne pas manquer. Les
puristes seront heureux d’apprendre qu’une flèche peut être
fabriquée entièrement avec des lames de silex, mais bon…. un rabot,
un couteau, du papier de verre, ce n’est pas si mal.
Le
matériel
La
plupart du matériel nécessaire à la fabrication des flèches est très
certainement déjà en votre possession.
Soit,
au mieux, solution riche :
-
Un
sécateur
-
Un
couteau (le tire-bouchon est utile, mais pas indispensable)
-
Du
papier de verre 100, 400, 600
-
De
la laine d’acier très fine
-
Une
pince à dessin de 15cm
-
De
la colle pour empennage
-
Du
« cement »pour fixer les pointes, un autre pour les
plumes
-
Un
outil à calibrer (nous verrons cela plus tard)
-
Une
« grille » de rabot Stanley
-
Des
fils de tendon, les plus longs possible
-
Une
mini perceuse Dremel avec des disques abrasifs
-
Un
petit fer à souder électrique
-
De
la colle d’os ou de peau
-
Des
fûts
-
Des
plumes
-
Une
source de chaleur (un camping gaz fera l’affaire)
-
De
la patience
Pour
les puristes
-
Des
fûts
-
Des
plumes
-
Des
fils de tendon et de la colle de peau
-
Des
lames de silex bien coupantes
-
Un
feu (de bois, évidemment)
-
Énormément
de patience
Il
est évident que dans ce dernier cas les plumes et les tendons doivent
provenir de gibiers chassés ou piégés par des moyens primitifs et le
feu allumé en frottant deux bouts de bois ou en battant une pyrite avec
un silex.

Le
bois
Il
y a deux façons de se procurer des fûts : soit en faisant scier
des planches en baguettes de section carrée d’environ 9mm puis en les
rabotant pour les rendre rondes (bôf !) ou en cueillant des
pousses à peu près droites et du bon diamètre dans la nature (je
pense que c’est sans doute la méthode d’origine, jusqu’à ce
qu’on me prouve que les hommes du néolithique avaient inventé la
scie à ruban).
J’ai
essayé dans l’ordre: l’églantier, le noisetier, le prunier
sauvage, le cornouiller.
L’églantier
est très bien, les pousses sont droites, souvent du bon calibre,
abondant, facile à travailler. J’avais trouvé mes premières pousses
sur la berge aride d’un ruisseau cévenol et elles étaient parfaites.
J’ai voulu renouveler avec de l’églantier cueilli dans la plaine du
Rhin et le résultat est décevant. Ça fait des fûts, certes, mais
apparemment l’églantier du Rhin est trop bien nourri et possède une
moelle importante qui nuit à la solidité de la flèche, sans compter
les difficultés de fixation de la pointe et la fragilisation de
l’encoche.
Les
rejets de noisetier sont bien, mais j’ai l’impression qu’ils ne
restent pas droits dans le temps et qu’il faut les redresser souvent.
Les
rejets de prunier sauvage et les pousses de cornouiller sont parfaits.
Le cornouiller pousse à peu près partout le long des chemins (je suis
passé longtemps sans les voir à côté de véritables « mines »
de cornouiller en faisant mon petit jogging) et si les Indiens
l’utilisaient de préférence à tout autre bois, j’aurais tendance
à leur faire confiance.
cornouiller
J’aimerais
bien essayer la viorne, comme Ötzi, mais hélas je ne sais pas s’il y
en a par chez moi ni même à quoi ça ressemble sur pied,
alors….
D’aucun
disent qu’il faut couper le bois en hiver, sinon il se fend au séchage.
J’ai coupé des pousses de cornouiller en plein été, je les ai stockées
au sous-sol, à l’ombre et à la fraîcheur, et aucune ne s’est
jamais fendue. Je reconnais que cueillir le cornouiller ou autres un
dimanche matin glacial de février a plusieurs avantages : personne
ne voudra venir avec vous pour ensuite réclamer l’arrêt de la récolte
sous prétexte de « froid les mimines », vous ne
rencontrerez aucun curieux qui vous posera des questions, ni des soupçonneux
qui hésiteront à appeler la maréchaussée, vous aurez des fûts sans
sève comme prescrit dans les livres et enfin un peu d’air bien frais,
c’est bon pour la santé.
Une
fois rentré avec mes fûts tout frais, je procède à un premier des
nombreux redressages à la chaleur, sans
enlever l’écorce. C’est le plus facile, celui-là, et le plus
« odorant », il vaut mieux chauffer le bois vert dehors, une
raison supplémentaire pour laquelle je fais ça l’été. Mais avec un
feu de bois et une bonne pelisse, on peut aussi l’hiver.
Il
paraît que l’on peut ainsi, dès la première fois, redresser et sécher
en quelques heures des pousses vertes et obtenir des flèches
utilisables. Je n’ai pas encore essayé, par manque de temps, mais je
vais m’y mettre. Si ça marche, je crois que c’est une méthode que
pouvaient utiliser nos ancêtres qui n’avaient peut-être pas toujours
le loisir de laisser sécher des fûts bien au sec pendant des semaines
au même endroit. De plus, en choisissant des pousses d’un calibre à
peine supérieur à celui de la flèche finie, il suffisait d’une lame
de silex pour enlever l’écorce : pas besoin de rabot pour réduire
le fût.
Sinon,
une fois mes pousses redressées, je les lie solidement en fagots de 7
à 10 en veillant à ce qu’elles restent droites (on peut déjà aussi
les lier sur une planche ou une petite poutre) et je les oublie pendant
5 à 6 semaines au sec et au frais, sans enlever l’écorce. Je
veille aussi à ce que les deux extrémités aient une section bien
franche (d’où le sécateur), c’est, du moins je le crois, ce qui évite
que les fûts se fendent.
J’ai
failli oublier de dire que les pousses devaient être choisies parmi les
plus droites, en gros du calibre du petit doigt et d’une longueur
d’une quinzaine de centimètres supérieure à la longueur des flèches
finies. Une pousse possédant un coude trop prononcé ne restera jamais
droite.
Pour
le redressage, si je n’ai pas allumé le barbecue à d’autres fins,
j’utilise une buse avec une bouteille de propane, mais n’importe
quelle flamme pas trop intense fera l’affaire. Il faut chauffer le fût,
pas l’amener au point d’inflammation. Toutefois, même pour les
redressages ultérieurs sans écorce, si le bois est un peu bruni, ce
n’est pas très grave, beaucoup moins que pour un arc qui subit des
contraintes bien plus sévères.

Fabrication
des fûts
Après
quelques semaines de séchage, vous pouvez reprendre les fagots de
pousses et espérer en faire des fûts de flèches.
Il
faut commencer par vérifier si aucune n’est fendue, puis voir si
elles sont restées plus ou moins droites. Il y a de bonnes chances que
ce ne soit pas le cas, il faut donc les redresser à nouveau à la
chaleur.
Quand
c’est fait, vous pouvez ôter l’écorce et remettre ce qui commence
à ressembler à un fût de flèche en fagot bien serré, et en veillant
à ce que chaque fût reste bien droit. Un bon truc est de lier
solidement les fûts serrés les uns contre les autres sur un bastaing
ou une latte. Retour dans l’endroit sec, frais et à l’abri de la
lumière pendant deux à trois semaines.
Evidemment,
ça paraît long. Mais pendant ce temps on peut très bien s’occuper
des pointes et des empennages, voire fabriquer un arc destiné aux flèches
en train de sécher, etc….
Le
premier fût plus ou moins droit est enfin prêt. Il faut alors prendre
l’outil à calibrer que vous aurez fabriqué : je me sers d’un
os de « plat de côte » dans lequel j’ai percé un trou
d’un peu plus de 8mm pour les flèches longues (± 75cm) et un autre
un peu supérieur à 7mm pour les courtes (± 55cm). Le même outil
comporte une échancrure avec un ergot
pour creuser les fameuses rainures des flèches indiennes, mais
nous verrons cela plus tard. J’ai remarqué que cet outil ne servait
vraiment qu’à calibrer, et non de « tourne à gauche »
pour redresser les flèches : on ne réussit qu’à laisser de
vilaines marques indélébiles gravées dans le bois et on arrive très
bien à redresser à la main.
A
l’aide de la lame de rabot Stanley, je réduis l’extrémité du fût
sur environ 5cm jusqu’à ce qu’il pénètre sans forcer dans le trou
choisi, on repère où ça coince, on retire et on réduit sur 10cm
jusqu’à ce que le fût rentre dans le trou 10cm de plus, et ainsi de
suite jusqu’à arriver à 1cm de l’autre extrémité. Ce sera
l’extrémité qui recevra l’empennage, il faut donc que ce soit la
partie la plus droite du fût (plus question de redresser à la chaleur
avec l’empennage !), et si on veut une flèche indienne, il faut
laisser une partie plus épaisse d’environ 1cm qui recevra l’encoche
et servira à assurer plus de prise pour les doigts. On peut amincir sur
3cm la partie avant l’encoche. Les Indiens tenaient la flèche entre
le pouce et l’index, le majeur et l’annulaire posés sur la corde,
d’où la nécessité de l’encoche plus épaisse permettant une
meilleure prise. C’est inutile avec la méthode classique généralement
utilisée par les archers modernes. 
A
ce stade, je redresse encore à la chaleur, je lie encore en fagot généralement
6 fûts, tête-bêche par trois légèrement décalé en raison de la
partie surélevée (une pointe, une encoche) et je laisse sécher un
jour ou deux.
Si
l’on ne veut pas risquer de brunir les fûts à la chaleur, on peut
huiler ou graisser les endroits à redresser. J’ai aussi déjà essayé
de mouiller à l’eau, ça a l’air de marcher. Si on doit redresser
la partie qui recevra l’empennage, il vaut mieux éviter de graisser,
sinon la colle risque de ne pas adhérer.
Mon ami Bernard Nomblot, tailleur de silex, tireur à l’arc
primitif (l’arc, pas Bernard) et fabricant de flèches émérite
utilise la flamme d’une bougie pour chauffer le bois, la chaleur de la
bougie étant moins intense que celle du propane. Il fabrique aussi des
flèches qui ont un calibre de 6,5mm côté pointe et de 8mm côté
encoche qui lui donnent toute satisfaction.
Il
semblerait que les flèches ayant cette forme se redressent plus
rapidement en quittant l’arc (spine). Comme pour les Indiens, j’ai
tendance à lui faire confiance sur le sujet.
Il
ne reste plus qu’à parfaire la rectitude des fûts en redressant
encore et toujours. A ce propos, j’ai constaté que les flèches
parfaitement droites étaient rares. Il ne faut pas qu’une flèche
soit en arc de cercle, certes, mais si elle est en zigzag (toute
proportion gardée, bien sûr), ça fait une flèche qui vole droit. Il
existe dans la « Bowyer’s Bible », volume 1, page 282, une
photo de W.I King et C.Stevenson en train d’examiner des arcs « snaky »,
mais les flèches qu’ils ont sont également très « snaky »,
alors…….
On
utilise du papier de verre de plus en plus fin pour polir les fûts.
J’ai un morceau de bois dur d’une quinzaine de cm de long sur 4 de
large comportant une rainure d’un calibre un peu supérieur à celui
du fût. Je pose le fût dans la rainure, un morceau de papier de verre
par dessus, je maintiens l’ensemble dans la main droite et je fais
aller et venir le long du fût en faisant tourner celui-ci avec la main
gauche (des chutes de bandes de ponceuse électrique, un peu rigides,
sont parfaites pour cet usage). On peut finir à la laine d’acier.
C’est
maintenant que l’on peut utiliser l’outil dans sa version prévue
pour le rainurage. Le fût maintenu à plat, on place l’ergot de
l’outil et on appuie fermement tout en tirant l’outil le long du fût.
Trois rainures suffisent. Il faut ensuite bien chauffer le fût, le
redresser une dernière fois et le remettre bien droit en fagot serré
ou mieux sur un bastaing. Ainsi traités, les fûts restent droits (pas
tous, hélas !).

Les
pointes
Là
encore, tout dépend de ce que l’on recherche. Les pointes destinées
au tir à la cible n’auront rien à voir avec les pointes de chasse,
une flèche indienne supporte indifféremment une pointe d’acier, de
fer, de cuivre, de silex, de bois, d’os, de verre, d’obsidienne, etc…..sans
déroger, mais une flèche néolithique ne peut décemment accepter
qu’une pointe de silex ou d’os. Si on veut tirer dans de la paille,
il vaut mieux éviter les pointes barbelées, et si on tire dans la
nature sur des cailloux, des boites etc…, les « blunts »
émoussés sont obligatoires sous peine de passer son temps à remplacer
les pointes cassées, et on remplacera presque au même rythme les
cibles en mousse si on tire dedans avec des pointes tranchantes.
Une
flèche vaut surtout par sa pointe, c’est la pointe qui fait tout le
travail de pénétration, le reste ne fait que suivre.
En
fait, n’importe quoi de pointu ou(et) de tranchant fera l’affaire :
un éclat de silex, un clou, un os etc… En ce qui concerne le silex,
il paraît que les pointes à tranchant transversal (les plus faciles à
faire : c’est un simple éclat) sont les plus vulnérantes et les
plus efficaces. N’étant pas chasseur, je n’ai aucune idée là-dessus.

En
gros, les pointes destinées à la cible doivent être pointues mais non
tranchantes, les pointes de chasse doivent être tranchantes, les
pointes pour la billebaude doivent être solides et émoussées et les
pointes destinées à l’homme barbelées (mais il paraît que ça ne
se fait plus, on a trouvé mieux pour embêter son prochain).
Je
ne m’étendrai pas sur la fabrication des pointes, quelques photos
suffisent et chacun peut faire comme il veut, tout est bon qui pique et
qui coupe. Les lames de vieilles scies « passe-partout » (
de ces scies qu’on utilisait à deux et qui rouillent au fond de
toutes les granges, remplacées par la tronçonneuse) font des pointes
de flèches superbes et efficaces.
La
pointe doit être fixée au fût. Ça paraît évident, mais en fait ça
ne l’est pas. Ceux qui utilisaient arcs et flèches pour se nourrir ou
se défendre (attaquer, aussi, parfois..) fixaient la pointe au fût,
mais sans trop se soucier de la solidité de l’ensemble. Que la pointe
reste dans la viande du gibier ou du bipède concurrent ne posait pas de
cas de conscience. C’était même un trait d’humour apprécié que
d’envoyer dans les œuvres vives du prochain une flèche dont la
pointe barbelée était à peine fixée au fût. Mais quand vous aurez
laissé dans la paille, le foin, la mousse ou la terre des pointes péniblement
et amoureusement fabriquées, vous trouverez ça moins drôle et vous
les fixerez solidement.
Le
principe est de glisser la soie de la pointe dans une encoche faite dans
le fût et de ligaturer de façon à ce qu’on ne puisse plus arracher
le pointe du fût.
En
clair, avec une scie à métaux, je pratique une encoche dans une extrémité
du fût, je « l’use » en pointe sur un morceau de papier
de verre afin de faciliter la pénétration, je glisse la soie (le
talon) de la pointe dans l’encoche après l’avoir chauffée et
enduite de « cement » pour pointes (de la résine de pin ou
de la colle de peau, ça marche aussi, mais c’est moins résistant),
j’attends que ça refroidisse en serrant le fût sur la pointe, et
ensuite il ne reste plus qu’à consolider le tout en entourant
l’extrémité avec un fil de tendon mouillé et trempé dans de la
colle de peau ou d’os.
Pour
les pointes en pierre, plus épaisses, les minidisques abrasifs de la
perceuse Dremel sont parfaits pour creuser l’encoche (presque aussi
bien qu’une lame de silex avec des dents de scie, et plus rapide).
Bernard a « bidouillé » trois lames de scie à métaux collées
ensemble qui lui servent pour les encoches de pointes et de corde. Ce
sont les pointes en os qui sont les plus faciles à attacher solidement
au fût. Hélas, ce sont les plus fragiles et elles ne résistent pas au
tir sur cible (sauf les blunts, indestructibles). Les plus habiles
arrivent à faire des petits crans dans les pointes de silex pour
permettre la fixation avec un fil de tendon comme pour les pointes
d’os (pas moi, mais je pense que Bernard va bientôt y arriver).


En
fait, je fais des pointes en pierre et en os pour la frime (bien
qu’elles soient redoutables en réalité, mais elles ne résistent pas
longtemps au tir), et des pointes en acier ou des blunts pour le tir sur
cible ou dans la nature. La fabrication des pointes est un art soit très
simple (acier, os), soit demande une habileté et un entraînement rares
(silex, obsidienne). Certains vont hurler, mais posséder quelques flèches
primitives destinées à la cible et dotées d’une pointe « field »
du modèle le plus simple du commerce est utile, et du moment qu’on ne
les montre pas et qu’on s’entraîne en cachette……
Avant
de passer à l’empennage, c’est le moment de se reporter au chapitre
« cresting » de Gery Bonjean (une fois les plumes fixées,
c’est trop tard) et de façonner l’encoche destinée à recevoir la
corde.
Pour
faire l’encoche, j’utilise encore ma miniperceuse Dremel néolithique
avec ses disques abrasifs pour creuser un sillon dans le fût, 5 à 6mm
de profondeur et 4mm de large, que je peaufine avec un fer à souder électrique
(en plus, ça durcit le bois).

En
général, l’encoche est perpendiculaire à la pointe, mais je pense
que ça n’a guère d’importance. Il paraît que les pointes de
chasse étaient perpendiculaires par rapport à l’horizontale une fois
la flèche placée sur l’arc (les animaux ayant les côtes dans ce
sens, la pointe aurait plus de chance de passer entre deux côtes) et
les pointes de guerre parallèles au sol, les hommes ayant les côtes à
peu près horizontales (on dit pourtant chez moi que certains ont les côtes
en long….. mais ceci est une autre histoire). En fait, comme la flèche
tourne sur elle même en vol, ça me paraît aléatoire.

L’empennage
L’empennage
a pour fonction de faire en sorte que la flèche arrive à son but avec
la pointe en avant.
Théoriquement,
n’importe quoi peut faire l’affaire : une touffe de cheveux,
des feuilles de roseau, de la peau fine etc… et bien sûr des plumes.
N’importe quelle plume en cas de besoin, mais évidemment l’homme a
vite appris à utiliser le meilleur et de la meilleure façon.
Il
existe de nombreuses manières d’empenner les flèches, tout dépend
de quelles plumes on dispose et en quelle quantité. Ceux qui ne
disposent que de plumes de pigeon ou de poule peuvent confectionner des
empennages aussi honorables (et efficaces) que ceux qui ont découvert
des mines de plumes d’aigle ou de dindon sauvage.
Commençons
par les malheureux qui n’ont que des petites plumes de poule ou de
pigeon et qui, comble de malchance, ont vu leurs fûts se fendre à une
extrémité.
Pas
de quoi désespérer. Il suffit d’aplatir la tige de la plume (au
marteau par exemple, mais pas trop fort pour ne pas tout abîmer. à la
pince ou dans un étau), de glisser la plume dans la fente et de
ligaturer solidement aux deux extrémités de la plume avec du fil de
tendon (ceci aura aussi pour résultat d’empêcher que la fente
s’agrandisse). L’encoche devra se faire dans ce cas après la pose
de la plume et perpendiculairement à la fente. Durée de l’opération :5mn.
Une
solution plus riche: deux petites plumes, le rachis un peu écrasé
comme précédemment, sont attachées de part et d’autre du fût par
du tendon à une extrémité, puis tirées pour qu’elles restent le
plus possible collées au fût et attachées à l’autre extrémité de
la même façon. Les plumes de petits rapaces, assez souples, sont très
bien pour cette méthode (attention ces espèces sont protégées, mais
il arrive fréquemment de trouver des plumes perdues, voire des animaux
morts le long des routes ou des voies ferrées).
La
même méthode peut être appliquée avec trois plumes entières, mais
dans ce cas il faudra ensuite tailler l’empennage et respecter
l’arrangement classique des plumes (une plume « coq » et
deux plumes « poule »).
Si
on dispose de grandes plumes (dindon, oie, rapace etc…), on peut
construire l'empennage classique à trois plumes collées, c'est un peu
plus long, mais plus précis. Pour les flèches indiennes courtes
(Indiens des Plaines), l'empennage sera assez long, 15cm et plus. Ces flèches
étaient tirées à très courte distance et leur vol devait être
stabilisé très rapidement, d'où la longueur de l'empennage
disproportionné par rapport à la longueur de la flèche. Il semble que
ces Indiens n'apportaient pas un soin particulier à l'entretien des
empennages, toujours assez précis pour tirer un bison à trois ou
quatre mètres et même un peu abîmés par le frottement sur l'arc au
moment de l'armé. Par contre, les Indiens qui chassaient à pieds,
outre des flèches plus longues, fabriquaient des empennages soignés,
le casse-croûte dépendant de la précision de la flèche.
Pour
commencer, il faut trier les plumes par catégorie: plumes de queue,
aile droite, aile gauche. Ne poser sur une flèche que des plumes de la
même origine. On peut, par exemple, poser une plume "coq"
provenant de l'aile gauche d'une buse et deux plumes "poule"
provenant d'un dindon, mais aussi et surtout issues de l'aile gauche du
volatile.
Ensuite,
on attaque le partage de chaque plume en deux moitiés à l'aide d'un
couteau bien affûté, opération assez facile en suivant le creux du
rachis en remontant vers l'extrémité de la plume. Il paraît que l'on
peut obtenir deux moitiés de plume d'aile de dindon sans couteau en
commençant par le haut à tirer sur la plume et décoller la plume du
rachis: mes plumes de dindon me sont trop précieuses pour que je risque
un accident avec cette méthode.

A
nouveau une opération de tri, les moitiés gauches ensemble, les
droites pareil (avec trois plumes, on empenne deux flèches).

Je
place une moitié de plume dans une pince à dessin ou deux morceaux de
tasseau, et je commence à réduire l'épaisseur du rachis au couteau (y
aller doucement, on a vite fait de déraper et de gâcher une plume),
puis avec du papier de verre jusqu'à ce que le rachis soit le plus
mince possible.
Il
suffit alors d'encoller le rachis (colle à empennage ou colle de peau
pour les irréductibles) et de poser la première plume sur le fût (je
commence par la plume "coq" perpendiculairement à l'encoche),
cette demi plume toujours maintenue dans la pince à dessin.
Je
procède ainsi pour les flèches indiennes, sans donner à l'empennage
le léger mouvement tournant souvent recommandé. Il me semble que les
flèches ayant un empennage droit ont un vol plus rapide, plus
"incisif". Une fois la colle prise, on enlève la pince et on
recommence. Je termine en entourant la base et le haut de l'empennage
d'un fil de tendon mouillé enduit de colle de peau. Outre le maintien
des plumes, cela permet d'éviter de se blesser la main d'arc si une
plume de décollait et de renforcer le fût
au niveau de l'encoche (laissez la place nécessaire pour placer
les doigts sans toucher la plume).
Trois
duvets colorés peuvent à ce moment être placés sous le fil entourant
la base de l’empennage (il ne s'agit en principe que de décoration,
mais comme les Indiens le faisaient et qu'en général l'idée était
utilitaire à l’origine, ils devaient avoir leurs raisons).
Si
je veux donner le mouvement tournant, je commence par coller les trois
demi plumes sur quelques centimètres et je les fixe avec un fil de
tendon humide et enduit de colle de peau. Il reste ensuite à encoller
le reste des plumes, à fixer de la même façon avec un fil de tendon
l'autre extrémité, et de tirer sur le haut de la plume (ne donner que
quelques tours de fil et pas trop serrer à ce stade) pour plaquer la
plume sur le fût en donnant un léger mouvement tournant (souvent, il
se fait naturellement), terminer la ligature de tendon et attendre que
la colle soit prise en vérifiant que les plumes ne se décollent pas.
Ce procédé est un peu plus long et plus délicat. On peut procéder à
l’inverse et attacher d’abord le haut de la plume, près de
l’encoche, ce qui permet en fait de mieux positionner les plumes coq
et poules par rapport à l’encoche. On peut aussi utiliser, à la
place du tendon, du fil végétal comme Ötzi ou Bernard (chanvre, lin).
Un
peu de courage, on arrive au bout.
Il
ne reste plus qu'à tailler les plumes avec des ciseaux, en préparant
un modèle en carton si l’on n’est pas sûr de les tailler
correctement à l’estime, pour leur
donner la hauteur et la forme désirée suivant le style de flèches que
l'on veut ou selon son imagination.


Et
voilà, terminé!
Pas
tout à fait, il reste (qui a dit encore ?) à polir le fût à la laine
d'acier en évitant d'effacer le "cresting" s'il existe, à
lui donner un brillant en le frottant à l'aide d'un os, d'un andouiller
(je me sers d'une toute petite bouteille) et de le huiler ou de le
cirer.
Cette
fois, c'est fini et, s'il fait beau, vous pouvez enfin encorder votre
arc indien ou préhistorique et sortir dans la nature tirer vos flèches
amoureusement concoctées dans la tiédeur de votre abri sous roche ou
de votre tepee.
Toutes
les opérations relatées ci-dessus peuvent être effectuées avec des
moyens naturels, on y perdra juste du temps, mais le résultat sera le même.
Vous
verrez vite à l'usage quelles sont vos meilleures flèches et
utiliserez les autres sans trop de scrupule pour tirer sur des touffes
d'herbe, des cailloux, des boîtes etc…

Primitivement
vôtre
J.Pierre
MARTINACHE
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