|
Les puristes
fabriquent eux-mêmes leurs flèches de manière primitive. C’est un
travail intéressant, relativement difficile et surtout très long. Sans
vouloir être pessimiste si vous avez déjà eu du mal à réaliser
votre arc ne cherchez pas à réaliser vos flèches de manière
primitive. La fabrication va pour ces puristes jusqu'à tailler dans la
pierre les pointes de flèches. Il est plus courant de rencontrer des
archers qui taillent leurs empennes dans des plumes d’aile ou de queue
de dinde. L’empenne est le nom donné à une plume taillée pour une
flèche.
Pour ma part
j’achète les fûts de bois, les pointes, les plumes, les encoches et
me contente d’en réaliser l’assemblage. Cette année j’ai acheté
un emporte-pièce pour tailler mes empennes et j’attends les fêtes de
fin d’année pour récupérer quelques belles plumes de dinde et
d’oie. Sur les arcs simples on est obligé d’utiliser des plumes
naturelles car ces arcs sont dépourvus de repose flèche laissant
passer les plumes semi-rigides en plastique. Vous trouverez facilement
trois diamètres de fût (5/16, 11/32 et 23/64 de pouce) chez votre
marchand favori. En plus de son diamètre le fût est aussi calibré par
sa flexibilité ou spine en anglais. Cette flexibilité est donnée par
une fourchette de poids en livres, par exemple 50-55 livres. Cette
fourchette veut dire que le fût aura une flexibilité adaptée à un
arc d’une force comprise entre ses deux extrémités à une allonge de
28 pouces. Attention ces valeurs sont données pour des arcs modernes et
ne sont pas valables pour les arcs simples tels que flatbows et longbows
anglais. En effet sur les arcs modernes la flèche passe pratiquement au
milieu de l’arc grâce à la fenêtre d’arc. Ce n’est pas le cas
pour les arcs simples pour lesquels la flèche est largement déviée
par la poignée. Il vous faudra tenir compte de cette différence et
utiliser des fûts plus souples de 5 à 10 livres que la force de
l’arc. Par exemple utilisez un fût d’un spine de 45-50 si votre arc
pèse 55 livres.
:
La
figure A montre l’angle que fait la flèche avec l’axe du déplacement
de la corde sur un longbow anglais. La figure B montre que l’angle est
pratiquement nul sur un arc moderne. Cette différence met en évidence
la nécessité d’utiliser des flèches plus souples si on ne veut pas
que les flèches tirées avec un longbow ou flatbow (Selfbow) partent à
gauche de la cible.
:
Le spine d’un
fût est fonction de la nature du bois et aussi de son diamètre.
Couramment un diamètre de 5/16 conviendra à des forces d’arcs
jusqu’à 45/50 livres, 11/32 à des forces jusqu’à 60/65 livres et
23/64 à des forces supérieures à 65 livres.
Une autre
information importante est la relation entre la force de l’arc et le
poids minimum de la flèche. 6 grains par livre de puissance de l’arc
est la valeur minimale. En dessous de cette valeur c’est un peu comme
si l’on tirait l’arc à vide. Par exemple un arc de 50 livres tirera
une flèche d’un poids minimum de : 50 fois 6 grains donc 300
grains soit environ 20 grammes.
La qualité de
la flèche est plus importante que la qualité de l’arc. En d’autres
mots vous pouvez avoir de bons résultats avec un arc de qualité
moyenne et de bonnes flèches alors qu’il est très difficile
d’obtenir des performances avec un bon arc et de mauvaises flèches.
Voici
quelques conseils pour vous aider à choisir vos fûts. Personnellement
je monte mes flèches par 6 ou 12 et il est indispensable qu’elles
respectent les mêmes critères. Il y a pour moi quatre facteurs
principaux qui sont par ordre d’importance : le spine, la
rectitude, le sens des fibres et le poids.
Il
est indispensable d’avoir dans le même lot de fûts le même spine.
Cela peut paraître évident mais ce n’est pas si facile. Les fûts
sont livrés aux magasins triés par spine de 5 en 5 par exemple 45-50
ou 50-55. En confiance ces commerçants vous les revendent suivant le
spine marqué. Ils se trompent et ils vous trompent comme ils ont été
trompés. Sur une série de 12 fûts si vous les passez dans un appareil
de mesure de spine vous pouvez trouver au mieux 10 fûts au spine annoncé
et au pire 4 ou 5. Choisissez donc d’acheter vos
fûts chez un commerçant qui possède un appareil de mesure de spine.
Ces
deux facteurs vont de paire. La rectitude se contrôle facilement en
faisant rouler les fûts sur une surface plane. Si ça tourne rond
c’est bien mais cette méthode permet seulement d’éliminer les trop
mauvais fûts. Maintenant regardez de près ceux qui tournent rond et
ceux qui ne tournent pas trop mal. Les bons fûts sont ceux qui ont les
fibres du bois (les cernes de croissance) rectilignes et parallèles à
l’axe longitudinal du fût. En effet le bois est une matière vivante
ce qui veut dire que le bois bouge avec le temps. Si les fibres sont
bien droites et parallèles vous aurez plus de chances que vos fûts
restent droits avec le temps. Ne rêvez pas le fût parfait n’existe
pas et il est facile de corriger par simple torsion les petits défauts
de rectitude.
Il
y a de fortes différences de poids entre les fûts en bois, bien
qu’ils soient de même longueur et de même diamètre. L’archer
averti sélectionne aussi ses fûts par leurs poids. Bien peu de commerçants
contrôlent le poids de leurs fûts, du reste cette opération ne peut
être réalisée efficacement seulement après leur mise à votre
allonge.
En
conclusion, je dirai que si vous trouvez un commerçant qui a un spine
testeur et qui vous laisse sélectionner vos fûts, et si en plus vous
voulez les trier par poids, vous serez obligé de les acheter par 50 ou
100, de les mettre à longueur et de les trier ensuite par poids.
Pensez
bien quand vous montez vos flèches que les cernes des fûts devront être
perpendiculaires à l’axe de la corde. Vous devez donc faire attention
à ce facteur lors du passage des fûts au spine testeur. Certaines
essences ont des résistances qui varient de 10 à 15 livres suivant
l’orientation des cernes.

L’orientation
de cernes du fût des flèches doit être perpendiculaire à l’axe de
la corde.
Tirer
les flèches de tout le monde ne vous conviendra sûrement pas si vous
avez passé des heures à réaliser votre arc. En français le mot
cresting se traduirait par le marquage de ses armoiries. Il est utilisé
maintenant pour l’action de personnaliser les flèches à l’aide
d’anneaux de couleur sur les fûts. Cette méthode était pratiquée
par les Indiens d’Amérique qui, par ces couleurs, définissaient
l’appartenance à la tribu le propriétaire. L’indien conservait
tout au long sa vie les mêmes signes sur ses flèches. Les archers
contemporains eux pour reconnaître leurs flèches lors des concours
utilisent les couleurs des plumes et des encoches. Le cresting est
principalement utilisé de nos jours par les tireurs de fûts bois.
Les
fûts bois ont un défaut qui peut être du reste facilement corrigé,
ils ne résistent pas bien à l’humidité. La solution, bien sûr, est
de ne jamais sortir ses flèches par temps pluvieux ou humide, mais le
remède évident est de les recouvrir de vernis ou d’un produit
hydrofuge. Cette couverture ajoute, en plus de la résistance à
l’humidité, un toucher beaucoup plus agréable aux flèches. Certains
utilisent des vernis brillants passés par trempage ou par plusieurs
couches au pinceau. Pour ma part, je trouve que cela donne un aspect
plastique et synthétique ne respectant pas le bois. D’autre part, la
qualité du vernis devient très importante pour ces couches épaisses
car, par exemple, dans les cibles en paille compressée des fragments de
paille colle à la plupart des vernis. Les goûts et les couleurs ça ne
se discute pas, je préfère les meubles cirés aux meubles vernis.
Vous
avez devant vous votre série de fûts, si leur surface n’est pas bien
lisse un petit passage au papier de verre très fin est nécessaire.
L’étape suivante consiste à coller l’encoche d’un côté du fût,
préalablement taillé à l’aide d’un petit outil spécial
ressemblant à un taille-crayons. Vous trouverez là encore cet outil
dans votre magasin favori ou un archer
vos prêtera le sien. La colle vous la trouverez aussi dans les magasins
spécialisés. Une fois toutes vos encoches collées coupez vos fûts à
votre allonge. Puis taillez le cône qui recevra la pointe de flèche.
Pour ma part, je fixe les pointes, après les avoir dégraissées par
trempage dans du trichlorethylene, avec une colle du style Araldite. Le
dégraissage est impératif pour les pointes de flèches noires car ce
brunissage est réalisé par trempage des pointes chauffées dans de
l’huile froide. Sans ce dégraissage vous perdrez vos pointes dans les
cibles en paille compressée ou en matériaux durs. Puis à l’aide
d’une paille de fer très fine polissez bien vos fûts puis dépoussiérez-les
en les frottant avec un chiffon propre et doux. Vos fûts sont
maintenant prêts à être décorés.
Il va vous falloir un peu de matériel. Mon équipement est très simple et
peu coûteux. Il se compose de quelques tubes de couleurs (peinture
acrylique) et d’un pinceau fin achetés dans une boutique de
beaux-arts. Reste le problème de faire tourner le fût pour peindre des
anneaux de couleurs le plus régulièrement possible. Mon premier
montage fut réalisé en 10 secondes en fouillant dans la boîte de LEGO
de mon fils. Trois roues montées en quinconce sur une plaque et mes fûts
posés dessus tournaient facilement. Ce montage est plein d’avantage
mais la mise en rotation du fût ainsi que son maintien sur les roues
occupent pleinement une main.
:
Un
simple montage de LEGO permettant de faire tourner le fût pour le
cresting. Si vous trouvez plus simple, c’est que vous n’avez pas de
LEGO à portée de main.
:
Mon deuxième montage est en gros une copie des machines spécialisées que
l’on trouve aux USA ou difficilement en France, mais qui, de par leur
prix, sont réservées aux professionnels ou à une élite. Ces machines
sont très simples et composées d’une planche sur laquelle est fixé
à une extrémité un moteur qui entraîne l’encoche de la flèche et
de l’autre une pièce en forme de V qui supporte son extrémité.
Le problème est de trouver un moteur qui tourne à la bonne vitesse. Pas de
problème vous trouverez ce type de moteur dans les rayons des magasins
vendant des barbecues. Ces petits moteurs à pile, qui du reste sont peu
efficaces pour faire tourner un poulet, sont parfaits pour faire tourner
vos flèches. Il ne reste plus qu’à tailler un petit bout de bois
carré d’un côté, pour se coincer dans le réceptacle du moteur prévu
pour la broche, et en forme de tournevis plat de l’autre pour se
coincer dans l’encoche de la flèche. Fixez le moteur d’un côté de
la planche et ajustez un support en V à l’autre extrémité de la
planche afin de maintenir la flèche dans l’axe du moteur.
:
Montage
très efficace pour le cresting utilisant un moteur à pile de tourne
broche (barbecue) fixé sur une planche. La flèche repose de l’autre
côté sur un support en forme de V.
:
Montez un fût dans votre machine il ne vous reste plus qu’à être créatif
en réalisant des bagues à vos couleurs avec votre petit pinceau.
Certains se servent des couleurs pour identifier le spine de leurs flèches.
Par exemple des bagues rouges et bleues pour les spines de 45/50 bleus
et jaunes pour 50/55 et ainsi de suite suivant vos goûts. Une fois
toute votre série peinte, laissez sécher une demi heure. L’acrylique
sèche très vite même trop vite, donc ne sortez pas trop de peinture
de vos tubes. Avant de vernir vos fûts vous pouvez en teindre tout ou
partie en utilisant des teintures à bois.
Pour ma part, j’aime conserver la couleur du bois. Avec un pinceau à
poils souples passez une couche d’un vernis d’extérieur sur toute
la longueur du fût. Le lendemain, polissez vos flèches avec de la
laine de fer très fine. Si l’état de surface n’est pas assez beau
ou que le bois a absorbé complètement votre vernis, repassez
simplement une autre couche de vernis et le lendemain repassez vos fûts
à la laine de fer. Cette méthode ne vous donnera pas des fûts
brillants, elle vous donnera des flèches polies respectant la nature du
bois et résistantes à l’humidité.
:
Quelques
exemples de cresting, c’est sûr c’est bien plus beau en couleur.
Il ne vous reste plus qu’à coller l’empennage et vos flèches seront
obligées d’atteindre leur but ou presque. Coller les plumes, oui!
Mais comment ?
:
:
:
Les
plumes naturelles, aussi appelées empennes, que l’on utilise pour les
flèches et que vous trouverez chez les marchands sont taillées dans
les plumes des ailes. Elles proviennent le plus souvent de dindons et
d’oies. Les oiseaux ont deux ailes donc vous trouverez des empennes de
plumes d’ailes droites et empennes de plumes d’ailes gauches. Vous
devez penser que je délire avec mes oiseaux à deux ailes, mais en
France très peu de commerçants font la différence. Si vous achetez
des plumes aux USA 95% des commerçants vous demanderont : droite
ou gauche ? Pourquoi cette différence ? Il y a deux façons pour monter
les plumes sur les flèches. Elles sont collées soit parallèlement au
fût soit en hélice. Si vous montez des plumes d’aile droite parallèlement
au fût quand votre flèche volera, elle aura tendance à tourner sur
elle-même dans le sens des aiguilles d’une montre. Donc si vous
montez vos plumes droites en hélice, cette hélice devra être à
droite. Si vous êtes gaucher l’hélice à droite vous donnera de
meilleurs résultats. Ceci ne vient pas d’une observation personnelle
mais est un lieu commun aux USA.
ü
Souvenez-vous : Pour les droitiers plumes d’ailes
gauches et si montées en hélice utiliser l’hélice à gauche.
ü
Pour les gauchers plumes d’ailes droites et si montées
en hélice utiliser l’hélice à droite.
Vous
reconnaîtrez une plume gauche en la plaçant perpendiculairement à la
ligne de vos épaules pointe en avant, le rachi dépasse sur la base de
la plume à droite. Pour une plume droite et dans la même position le
rachi sera sur votre gauche. Pour les arcs simples je préfère monter
mes plumes en hélice car ce type d’empennage redresse plus vite la
trajectoire de la flèche. Côté matériel là, vous
n’y coupez pas il vous faut acheter ou vous faire prêter une
empenneuse.

A
gauche, sur la photo, exemple d’un empennage en hélice à droite et
à droite, d’un empennage à gauche.
|