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A l’ère de
l’apologie du tout synthétique, de la disparition du travail au
profit de la mécanisation assistée, dans cette époque de règne
marketing où un produit toujours plus « nouveau » en
remplace un autre un peu moins « nouveau », les savoir-faire
disparaissent peu à peu. Ces connaissances s’évanouissent, et nous
devenons de moins en moins autonomes. Par exemple, jusqu’à une époque
récente, tout paysan possédait une forge dans laquelle il savait
fabriquer ses propres outils, tremper ses burins, fabriquer un fer à
cheval, ou bien savait comment utiliser de la poudre de sabot pour cémenter
une lame.
Le produit dont
je vous propose d’aborder ici la fabrication est la colle, plus
particulièrement, la fabrication d’une des colles les plus résistantes
qui ait été utilisée jusqu’à l’avènement des colles synthétiques :
la colle de tendon, de peau ou plus généralement, la colle à base de
collagène, un produit que l’on pourrait étiqueter de « très
ancien » celui-là.
Les performances
mécaniques de cette colle sont à peu près équivalentes à celles
d’une colle époxy vendue aujourd’hui dans toute surface de
bricolage. Mais, autant l’avouer tout de suite, la colle à base de
collagène présente un défaut majeur : elle est soluble dans
l’eau. Tout objet collé avec cette colle, soumis à un climat humide
ou pluvieux se fragilisera très vite. Même recouvert d’une
protection, comme le vernis par exemple, il ne résistera pas à
l’exposition prolongée sous une pluie battante. Personnellement, je
n’emmène jamais à la chasse un arc pour lequel j’ai utilisé de la
colle à base de collagène, lorsque le temps est menaçant ou lorsque
le stade des menaces est dépassé (et je sais de quoi je parle, parole
de normand !).
Pourtant, cette
colle est l’élément indispensable à la pose de tendon sur le dos
d’un arc. Je n’ai pas trouvé de remplaçant, les colles modernes ne
se mariant pas avec le tendon. De plus, tendons et colle sont comme
Castor et Pollux, indissociables.
Le collagène
est une protéine complexe qui forme la substance de base à
l’architecture de toute cellule animale. Cette substance est donc très
répandue dans la nature. Elle existe en forte concentration dans
certains tissus, comme le tendon, la peau, les os. Ainsi tous ces tissus
peuvent être utilisés pour fabriquer de la colle. Certains sont plus
disponibles que d’autres, ou bien plus faciles à utiliser pour
extraire le collagène.
Cette colle était
connue de la plupart des indiens d’Amérique du Nord dans la
fabrication de leurs arcs, comme les Hupa, les Wintu, les Chinook
pour les tribus de la Côte Ouest, ou les Blackfoot, les Snake, les
Crow, les Nez Percé ou les Sioux, pour les tribus des plaines et des
contreforts des Rocheuses. Mais les peuples qui en ont fait un emploi
des plus raffiné en matière d’archerie, sont les peuples du
Moyen-Orient et d’Asie avec les arcs composites. Courts, avec des
courbures exacerbées, constitués de bois, de cornes et de tendons, les
arcs composites utilisaient la colle la plus résistante que l’on
pouvait fabriquer à cette époque : la colle à base de vessie
natatoire de poisson.
Fabriquer de la
colle à partir de tendon est relativement simple. Il suffit de réunir
du tendon, de l’eau, une gamelle, un foyer et du temps.
Le tendon à
utiliser peut être récupéré de la même manière que celle décrite
dans le chapitre sur le backing. Les tendons séchés doivent être
battus à l’aide d’un marteau, puis séparés en minces fils. On
conservera les morceaux les plus longs pour le backing et on utilisera
les plus courts pour réaliser la colle. Après avoir réuni plusieurs
pelotes de fils de tendons, les mettre dans le fond d’une gamelle et
les recouvrir d’eau. Laissez-les tremper pendant 2 jours. Ensuite,
mettre le tout à chauffer sur le feu pendant 24 heures. Mais attention,
pour réussir votre colle, vous ne devrez jamais porter l’eau, et
ensuite la colle, à une température supérieure à 80°C. Passé
cette température, les cellules des tendons vont être irrémédiablement
détruites. Dans le meilleur des cas, vous obtiendrez une colle de
faible résistance, dans le pire, vous serez bon pour aller à la pêche
au tendon complètement ratatiné, épais et flasque. Par ailleurs, en
ne dépassant pas cette température, votre mixture peut mijoter
tranquillement et réduire très lentement, sans jamais avoir besoin
d’ajouter de l’eau. Par ailleurs, il faut savoir que plus on chauffe
une colle en préparation (intensité ou durée), moins elle sera forte
(ceci est également vrai lorsqu’on utilise la colle).
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Pelote
de tendon : les tendons les plus courts et certains morceaux durs
ne pourront pas être utiles pour le backing. Ils peuvent alors servir
de matière première pour la fabrication de la colle.
:
Remuez de temps
en temps. Et prévenez votre femme. De la diplomatie s’impose. En
effet une odeur désagréable va se répandre dans toute la maison
pendant ces 24 heures. Expliquez-lui que vous êtes en train de réveiller
le primitif qui est en vous et que cette expérience est unique. Tout le
monde ne redevient-il pas primitif un jour ?
Au bout d’une
douzaine d’heures, vous pouvez réaliser un premier écumage.
Augmentez un peu la température pendant 10 minutes afin de laisser
remonter toutes les impuretés à la surface. Le liquide est à présent
un sirop assez fluide. Retirez toutes les graisses qui surnagent. Puis
versez le liquide qui se trouve en surface dans une assiette creuse.
Vous venez d’obtenir votre première colle.
Laissez le reste
mijoter pendant encore 12 heures. Au bout de ces 12 heures, et après
avoir retirer les éventuelles impuretés, versez tout le liquide dans
autant d’assiettes creuse qu’il sera nécessaire après l’avoir
fait passer à travers un vieux T-shirt. Laissez refroidir pendant
quelques heures. Puis coupez des cubes dans cette gélatine en
formation. Au bout de quelques jours, l’eau se sera complètement évaporée
et vous obtiendrez des cubes très durs. Pour les conserver,
enfermez-les dans un bocal étanche.
On peut réaliser
la même colle avec de la peau de lapin, de la peau de poisson ou des
vessies natatoires de poisson. Le procédé est le même. J’ai également
tenté d’en fabriquer avec de la peau de pied de bœuf, mais les
morceaux étant trop épais, ils ne se sont pas désintégrés et la
colle ne s’est pas formée.
Pour utiliser la
colle, recouvrir la quantité de cubes dont vous avez besoin avec de
l’eau. Laissez gonfler pendant quelques heures, chauffez-la au
bain-marie. La température idéale d’utilisation se situe entre 40 et
60°C. Il vous faudra maintenir cette température pendant
l’application de la colle, l’idéal étant même de chauffer
(à l’aide d’un sèche-cheveux par exemple) les pièces à encoller
à la même température que la colle. Les surfaces devront être
propres et dégraissées avec de l’acétone. Laissez sécher pendant
au moins une semaine.
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Cubes
de colle : après quelques jours de séchage, les cubes de colle
sont aussi durs que de la pierre. Pour les utiliser, les couvrir par un
peu d’eau et laisser gonfler. Pour le collage, portez la colle a une
température de 40 à 60 °C.
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Lorsque vous
collez des tendons, la température d’utilisation devrait être de 40°C.
Au-delà, vous risquez d’endommager les tendons. Il arrive d’avoir
besoin d’une petite quantité de colle, pour laquelle il est
fastidieux d’attendre que le bain-marie ait fait son effet. Dans ce
cas, j’utilise le four micro-onde, que je laisse tourner seulement une
dizaine de secondes.
Si vous n’avez
pas réussi votre alchimie, ou si vous avez un besoin urgent de colle,
vous pourrez toujours vous rendre dans une droguerie spécialisée. Vous
y trouverez de la colle de peau de lapin pour quelques dizaines de
francs les 100 g. Mais je suis persuadé que vous ne resterez pas sur un
échec…
Un longbow de 70
pouces, d’une puissance de 60 livres est une arme des plus précise et
silencieuse qui soit. En outre, elle reste assez simple dans sa
construction et ne demande pas trop de temps. Pourtant, lorsque l’on
regarde les arcs utilisés à travers le globe, le longbow n’est pas
universellement répandu. En fait, on s’aperçoit qu’il existe des
liens très étroits entre le milieu naturel, l’emploi et le type
d’arc utilisé. Par exemple, les Wayanas de Guyane se servent de
longbow fabriqués à partir d’un géant de la forêt qu’ils nomment
Païla. L’armement se fait
sur cinquante centimètres et ces arcs d’une puissance de trente cinq
à quarante livres à cette allonge sont capables de faire voler des flèches
de près de deux mètres à des distances considérables. J’ai quelque
peu réfléchi sur les raisons qui ont conduit ces indiens, arrivés il
y a des milliers d’années en Amazonie, à adopter ce type d’arc,
sans band, avec des flèches aussi longues. J’ai également interrogé
des facteurs d’arc américains et français. Je pense, en définitive,
que deux éléments sont déterminants. Tout d’abord, la densité végétale
de la forêt, a pu amener ces hommes à allonger leurs flèches, afin de
les retrouver plus facilement après le tir. Parallèlement, dans cette
atmosphère si humide, les matériaux qu’ils ont trouvés pour
fabriquer leurs arcs prendraient probablement beaucoup de corde s’ils
étaient bandés comme nos arcs. Ainsi ils perdraient très vite leur élasticité.
De plus, un band réduit à néant et une longue flèche, se marient
parfaitement pour éluder un des principaux soucis de notre archerie :
le paradoxe. Il n’existe pratiquement pas.
Ce type de
longbow se retrouve dans toute l’Amérique amazonienne. Dans les zones
géographiques à l’écologique comparable, c’est à dire en Afrique
équatoriale, en Océanie et Papouasie - Nouvelle Guinée, on retrouve
un profil d’arc similaire. Pourtant aucune communication n’a eu lieu
entre ces peuples qui ont conquis ces zones à des époques très différentes.
Seuls les peuples des îles Andaman du Golfe du Bengale construisent des
flatbow aux branches asymétriques, larges et minces près de la poignée
et fines et épaisses aux extrémités.
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Anaïmin,
Indien wayana de Guyane, essaie le dernier longbow qu’il vient de
terminer à mon attention. Cet arc est fait d’un morceau brut dans
lequel Anaïmin n’a pas strictement suivi les cernes du bois.
Pourtant, le dos n’est pas renforcé. Le band est réduit à néant et
les flèches mesurent près de 2 mètres.
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M’Be,
Pygmée Baka du sud-est Cameroun, vient de flécher une petite vipère
venue troubler la quiétude de notre camp, avec un arc des plus simple.
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A contrario, dès
que le milieu naturel devient désertique, le profil des arcs change
complètement. Dans un milieu désertique et froid comme le Groenland
par exemple, les arbres faisaient complètement défaut. Les Inuits de
la région de Thulé employaient des arcs pour la chasse à la fin du
XIXème siècle. Ils durent utiliser les seuls matériaux suffisamment
longs et flexibles dont ils disposaient : des côtes de rennes (ou
de baleines échouées). Pour lier ces morceaux épars, ils employaient
des tendons de narval. Ils fixèrent également une corde de tendon tout
le long du dos de l’arc afin de donner plus de puissance à leurs
arcs. Enfin ils adoptèrent un profil avec des courbures.
En Californie du
Nord, Ishi le dernier des Yahi utilisait un arc relativement court (40
pouces) entièrement reflex et recouvert de tendons. La raison du choix
d’un tel arc provient probablement de l’absence de morceau de bois
suffisamment long dans l’essence qu’il destinait à la construction
d’un arc : le genévrier. Par ailleurs, il ne souhaitait pas
atteindre une puissance supérieure à 40 livres, cette puissance étant
adaptée à son mode de chasse et au gibier convoité.
On voit bien à
travers ces exemples que le choix d’un profil d’arc et de sa
construction dépendent fondamentalement du milieu naturel et de la
destination de l’arc. C’est pourquoi, la décision de recouvrir le
dos de l’arc avec des tendons ou avec tout autre matériau obéit à
des nécessités et n’est pas un simple moyen artificiel
d’augmenter la puissance d’un arc.
Prenons le
longbow de 70 pouces et de 60 livres de puissance, recouvrons-le de
tendon, et l’arc perdra une partie de sa vitesse. En effet, le tendon
et la colle sont 2 fois plus lourds que le bois. L’addition de tendon
sur un arc d’une telle longueur ralentira la vitesse des branches,
sans augmenter leur stress.
Mais, pour être
durables, voire concevables, certains arcs courts ou très stressés
doivent avoir un dos renforcé (appelé « backing » en
anglais). Le matériau roi en la matière est le tendon, accompagné de
colle naturelle (de tendon ou de toute autre matière contenant une
quantité importante de collagène). La pose de tendon permet à
l’extrémité des arcs à courbures de jouer leur rôle de levier sans
se détendre, et au reste des branches de résister à la violente
compression et extension qu’ils subissent. L’épaisseur de tendon
ainsi posée modifie le plan de compression du bois et assure ainsi la
majorité du travail des branches. Par ailleurs, il maintient les éventuels
éclats de bois qui pourraient apparaître sur le dos de l’arc.
L’application de tendon peut également être réalisée pour
augmenter la puissance d’un arc ou réparer un arc brisé.
Techniquement, il est dix fois plus élastique que le bois et peut donc
stocker plus d’énergie par unité de poids. De plus, il rétrécit de
4 % en séchant, c’est pourquoi il est préconisé pour diminuer le
suivi de corde.
Mais, le désavantage
du tendon est que la colle qui sert à le fixer est soluble dans
l’eau. Par conséquent, tout backing est vulnérable dans des climats
humides ou lors d’une exposition prolongée à la pluie. Ceci peut
alors réduire considérablement les performances de l’arc, voire le
conduire à la casse. De plus, la préparation et l’application de
tendons demandent une charge de travail importante très consommatrice
de temps.
On trouve des
tendons chez tous les mammifères qui nous entourent. Afin de se
faciliter le travail, on recherchera des tendons assez longs. Plus ils
seront longs, plus les fibres obtenues permettront de couvrir de grandes
surfaces, ce qui minimisera le temps de pose des tendons. L’idéal est
d’utiliser des tendons de pattes de cervidés. On en trouve également
dans les pieds de bœuf. Ils sont de bonne taille et relativement épais.
Certains prétendent que les tendons de cervidés sont de meilleure
qualité que les tendons issus d’animaux domestiques. Personnellement,
je n’ai pas noté de différence et j’emploie indistinctement des
tendons des deux origines, même si les tendons de cervidés sont plus
traditionnels. On peut se procurer des pattes de cervidés dans des élevages
ou des grossistes en gibiers. Les pieds de bœufs se trouvent dans
n’importe quel abattoir (même si ces derniers tendent à disparaître).
Les cervidés
peuvent également fournir de larges bandes de tendons que l’on trouve
sur leur dos, à l’endroit où prennent naissance les filets.
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Tendons
vus par Emmanuel Martin…
Extraire le
tendon à l’aide d’un couteau bien aiguisé en ayant surtout soin de
ne pas entailler les fibres. Les mettre à sécher à l’ombre dans un
lieu aéré. Cet endroit devra être isolé des animaux comme les chats,
les chiens et les souris qui sont de grands amateurs de cette friandise.
A tel point que lorsque je manipule des tendons ou de la colle, mon
chien ne me lâche pas d’une semelle pour profiter de toute maladresse
de ma part. Au bout de quelques jours, les tendons qui étaient, mous,
opaques et de couleur blanche au départ, deviennent durs, translucides
et couleur de miel.
Cette
photo montre un tendon extrait d’une patte de chevreuil.
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Celle-ci
présente un tendon de pied de bœuf. Ce dernier contient beaucoup plus
de fibres et est un peu plus facile à éclater.
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Pour préparer
des tendons destinés à servir de backing, il faut tout d’abord éclater
ces tendons afin d’en séparer les fibres. L’idéal est de les
battre à l’aide d’un marteau sur une enclume en prenant garde de
frapper bien à plat afin que le marteau n’endommage pas les fibres.
Il faut ensuite séparer ces fibres en fils de plus en plus minces. De
cette manière, vous allez obtenir des fibres de longueurs inégales.
Plus les fils seront minces, plus la finition du backing sera douce. Faîtes
des paquets en réunissant les morceaux de même taille (par 6 ou 8).
Ceci permet de les classer et de pouvoir ensuite choisir les fils les
plus appropriés au moment de leur application sur le dos de l’arc.
Pour conserver les paquets sans les mélanger, on peut les placer entre
les pages d’un magasine.
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Lorsque
le tendon est éclaté, il perd sa couleur ocre et translucide pour
devenir blanc. Les fibres se matérialisent peu à peu.
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Les
fibres sont groupées par longueur et réunis par 6 ou 8.
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La préparation
du dos de l’arc joue un rôle important dans la réussite du backing.
Il doit être propre, poncé et dégraissé avec de l’acétone.
Certains archers, violentent volontairement le dos à l’aide d’une
scie à métaux posée à champs, ou d’une râpe afin de créer une
surface plus adhérente entre la colle et les tendons (Attention à ne
pas trop affaiblir le dos de l’arc en abîmant le dernier cerne de
bois). La colle sera chauffée à une température de 40 à 50°C,
la température idéale pour l’application se situant autour de 40°C.
Pendant toute la durée d’utilisation, il faudra la maintenir à cette
température grâce à un bain-marie alimenté par un réchaud.
Commencez par enduire le dos de l’arc avec une bonne couche de colle.
La colle va ainsi colmater les pores du bois qui va l’absorber
rapidement. Laisser sécher 24 heures.
Les premiers
tendons devront être disposer le long de l’axe central de l’arc, en
commençant depuis la poignée et en allant vers l’extrémité des
branches. Prenez un paquet de tendons d’assez bonne longueur et
plongez-les dans la colle. Aidez-vous d’un petit bâtonnet, car les
fibres ont toujours tendance à adhérer à la paroi du pot de colle.
Laissez-les macérer pendant 10 à 15 secondes afin qu’ils s’en imprègnent.
Lorsque vous les aurez sortis, débarrassez-les de l’excès de colle
en les passant entre vos doigts et appliquez les sur le dos de l’arc.
Il est important à ce moment qu’ils ne se soient pas mélangés et
que les fibres restent parallèles.
:
Application
du tendon : le premier paquet de tendon est posé au niveau de la
poignée et forme le premier maillon de la première bande. La seconde
bande est disposée de façon à ce que le milieu des tendons se trouve
face à l’extrémité des tendons de la première bande.
:
:
Ceci maximise
l’efficacité du tendon et permet de couvrir une surface plus large.
Pour éviter cela, on peut passer une petite palette ou plus simplement
ses doigts sur les tendons, ce qui permet de les disposer correctement
en les étalant le plus possible. Le paquet de tendon suivant sera apposé
à la suite du premier, sans le chevaucher. Et ainsi de suite jusqu’à
former une large bande sur l’axe central de l’arc. La seconde bande
de tendon sera appliquée de la même façon, le long de la première,
mais en décalant les paquets de tendon de manière à ce que l’extrémité
des tendons de la seconde bande soit en face du milieu des tendons de la
première, comme pour un mur de briques. Les bords de l’arc peuvent être
recouverts par quelques millimètres de tendon qui seront retirés une
fois secs à l’aide d’une lime. Ceci évite de laisser des espaces
sans tendon le long des bordures. De temps à autre, il n’est pas
inutile de se passer les mains à l’eau afin de se débarrasser de
l’excès de colle qui y adhère volontiers.
Une fois toute
la surface du dos de l’arc recouverte, on peut procéder à la seconde
couche en décalant les paquets de tendon de manière à réaliser une
sorte de treillage. Combien de couches faut-il appliquer ? Cela dépend
en réalité du profil de l’arc que vous avez adopté. Deux couches
peuvent être suffisantes pour un longbow mi-long. Par contre, pour les
designs un peu plus osés, comme les recurves par exemple, 3 à 4
couches seront nécessaires. Rappelez-vous que le tendon et la colle
sont deux fois plus lourds que le bois et qu’il vous faudra choisir
entre robustesse et vitesse des branches.
Après avoir
appliqué la dernière épaisseur de tendon, badigeonnez le dos de
l’arc avec une bonne couche de colle, ce qui vous permettra
d’obtenir une surface plus lisse.
Laissez sécher
à l’ombre, dans un endroit aéré pendant quelques jours. Une fois
que la colle a bien durci, on peut exposer l’arc au soleil afin
d’accélérer l’évaporation de l’eau. Le temps de séchage dépend
largement des conditions atmosphériques. Une quinzaine de jours est
conseillée. Mais ce temps peut être considérablement plus long.
Certains facteurs d’arc asiatiques n’hésitaient pas à laisser sécher
leurs arcs pendant plus d’une année.
Lorsque le
backing est sec, poncez-le de la même manière que le bois et limez les
excès de tendons sur les bordures. Vous pouvez maintenant terminer le
tillering de votre arc.
:
L’arc
terminé : détail d’un longbow en if dont le dos a été
recouvert avec du tendon.
:
:
L’enduit de
protection choisi pour l’arc pourra être utilisé pour le backing.
J’obtiens une protection relativement efficace en appliquant une
dizaine de couches de vernis. Par la suite, j’expose de temps à autre
mon arc au soleil, afin d’en extraire l’éventuelle humidité qui
aurait pu s’y incruster pendant son utilisation.
On peut réaliser
des backings avec d’autres matériaux. Personnellement, j’en ai réalisé
en lin et en écorce de merisier. Aucune particularité n’accompagne
la pose de lin. Il faut le choisir relativement fin pour améliorer son
efficacité et l’aspect esthétique. L’écorce de merisier est un
matériau résistant (quoique moins solide que le tendon), à tel point
que lorsque que vous fendez une bûche de merisier, il vous est nécessaire
de découper l’écorce au couteau pour arriver à vos fins. On peut également
utiliser l’écorce de bouleau nordique, écorce avec laquelle
l’ensemble des peuples de Sibérie fabriquaient la plupart de leur
vaisselle et de leurs sacs. L’écorce s’applique plus rapidement que
le tendon et est plus légère. Elle sera récoltée sur un arbre vert
en découpant de larges bandes autour du tronc. Ces bandes seront mises
à sécher en étant maintenues bien à plat afin qu’elles ne roulent
pas sur elles-mêmes. Pour l’application, j’ai utilisé de la colle
de tendon et j’ai enroulé en anneaux très serrés un cordage tout
autour de l’arc afin de maintenir l’écorce en contact avec le dos
de l’arc.
D’autres matériaux
peuvent être employés. La peau de poisson est un matériau que je
trouve formidable. J’ai ramené de Yakoutie un couteau dont l’étui
est recouvert d’une peau de truite épaisse et très résistante. Je
suis à la recherche d’une recette pour son tannage.
Il est également
possible d’utiliser du cuir, et bien sûr du bois, mais je ne les ai
jamais employés. Enfin, la pose d’une peau de serpent peut être une
finition très esthétique qui protégera admirablement de l’humidité.
Autre
backing : arc recouvert avec du lin.
:
Autre
backing : arc recouvert avec de l’écorce de merisier.
:
Si l’arc
simple a été inventé à une époque que l’on situe entre 50 000 et
15 000 ans avant notre ère, la première description connue de l’arc
à courbure apparaît sur le fourreau d’une épée retrouvée dans une
tombe Scythe, datant du 7ème ou 8ème siècle.
Dans des formes parfois élémentaires, ce design semble avoir été
utilisé depuis très longtemps par un grand nombre de tribus d’Amérindiens
du Nord, tels que les Chinooks, Kwakuilts, Nootkas, Wintus, Hupas,
Klamaths, Modocs, Karoks, par certains Cheyennes et par les Inuits. Mais
les maîtres en la matière furent sans conteste les facteurs d’arc du
moyen et de l’extrême orient. L’arc sino-mongol ou arc turc dérive
probablement des arcs égyptiens et assyriens. A partir de ces arcs
composés de bois, de corne et de tendons, les facteurs d’arc
orientaux conçurent un arc à double réflexe, aux extrémités
rigides, et dont les matériaux étaient assemblés à l’aide de colle
de poisson et de fils de soie. Ce modèle, avec ses variantes tant dans
sa forme que dans sa composition, fut adopté au rythme des conquêtes
par les Perses, les Hindous, les Mongols, les Chinois, les Coréens, les
Parthes, les Scythes, les Huns et tous les peuples du Moyen-Orient. Il
fut l’un des instruments majeurs de la domination des peuples des
steppes qui défilèrent sur le sol européen et il traîne derrière
lui une longue histoire sanguinaire.
La construction
d’un arc à courbure va vous demander beaucoup de temps, de persévérance
et une bonne dose d’humour. Il faudra continuer à sourire lorsque
pendant l’étape du courbage, la branche s’échappera irrémédiablement
de la pression des serre-joints, il faudra continuer de manier la
plaisanterie lorsqu’au premier armement,
vous verrez vos branches se tourner sur elles-mêmes,… Rester
patient et méticuleux est la clé du succès. Débarrassons-nous tout
de suite des problèmes de vocabulaire. Arc à courbure, à double
courbure, à contre courbure, reflex, recurve,... . Certains termes
correspondent à différents types d’arcs mais sont souvent employés
pour designer le même profil. D’autres sont des anglicismes sans équivalent
français.
C’est un arc
dont les branches ont été courbées près de la poignée juste après
leur naissance. De ce fait, lorsque l’arc est bandé, la poignée est
plus proche de la corde que sur un arc droit. Ce profil est très ancien
et on en retrouve les traces grâce à des peintures du mésolithique
sur les parois des grottes de Caballos et de l’Alpera en Espagne. Il
était largement répandu parmi les Indiens des plaines de l’Amérique
du Nord. La courbure près des branches augmente la vitesse de la flèche.
Par ailleurs, il est plus facile à réaliser qu’un recurve. Il faut
simplement veiller à bien faire courber les branches près de la poignée
et le moins possible vers les extrémités, sinon l’angle de corde
augmente et l’énergie emmagasinée diminue. Ils doivent être assez
grands et fabriqués de façon à ce que les branches courbent le moins
possible près des poupées. Il est conseillé de renforcer le dos de
l’arc avec du tendon à l’endroit où le bois a été courbé,
c’est à dire près de la poignée.
Les arcs reflex
sont courbés sur l’ensemble de leur longueur. Pour cela on recherche
des bois naturellement courbés (plus efficaces que les bois chauffés
à la vapeur). Lorsqu’il est entièrement recouvert
de tendon, c’est l’arc d’Ishi.
Dans
ce design, de légères courbures sont réalisées à l’extrémité
des branches. Celles-ci sont gardées suffisamment épaisses pour ne pas
courber. Ce type d’arc n’est efficace que s’il est court.
Autrement, les courbures apportées sont sans effet face à l’excès
de poids entraîné par l’épaisseur volontairement conservée pour
maintenir la courbure pendant l’armement.







Les
principaux profils d’arcs à courbure : l’arc setback (a) ;
l’arc reflex (b) ; l’arc à faible courbure (c) ; l’arc
reflex à faible courbure (d) ; l’arc à courbure (e) ;
l’arc reflex-deflex (f) ; l’arc setback à courbure (g).
Comme son nom
l’indique, c’est une combinaison des deux profils décrits
ci-dessus. A un arc reflex, on ajoute une légère courbure aux extrémités.
Cet arc est deux fois plus performant que les précédents. C’est
l’arc des indiens américains du Nord de la côte du Pacifique. Il
pouvait être très court (40 pouces). Ainsi, des matériaux très résistants
étaient employés, avec des branches larges de plusieurs pouces entièrement
couvertes de tendons.
(ou recurve)
Comparé à
l’arc à faible courbure, l’arc dont il est question ici se voit
infliger de sévères courbures entre 60 et 90° par rapport au plan des
branches. De plus, lorsque l’arc est bandé, l’extrémité des
branches est en contact avec la corde. Ce point de contact doit occuper
une bonne partie de la longueur des branches pour réellement augmenter
l’énergie stockée. Deux types d’arc à courbure existent. Le
premier est un arc dont les courbures travaillent et se détendent à
plein armement. L’autre type est un arc dont les courbures restent
fermes (statiques) et permettent de garder un angle de corde faible.
Dans une plus
forte mesure, ce design a donné naissance aux arcs sino-mongols et
turcs dont certaines versions ont des branches complètement enroulées
sur elles-mêmes lorsque l’arc n’est pas bandé. Ces arcs sont
souvent courts (entre 40 à 60 pouces) et sont constitués de matériaux
très élastiques, enduits de tendons et renforcés avec de la corne.
C’est pourquoi on les appelle « arcs composites ». Ils
demandent un travail considérable et une grande dextérité de la part
du facteur d’arc pour maîtriser l’ensemble de ces matériaux.

L’arc
turc. Des branches très recourbées constituées de corne, de
tendon et de bois, liés par de la colle de poisson, firent de cet arc
un des principaux instruments de la domination turque sur l’Europe à
partir du XVème siècle. Très court et d’une puissance considérable,
cet arc détient toujours un record vieux de 200 ans, lorsque Sellim III
envoya une flèche à près de 900 mètres.
Ces arcs étaient
très puissants, entre 80 et 100 livres et nécessitaient un entraînement
considérable pour arriver à les manier correctement. Ce profil d’arc
détient toujours un record vieux de 200 ans pour la distance parcourue
par une flèche : près de 900 mètres. Si ce record a été battu
par un arc à poulie, il n’a jamais été égalé par un arc
traditionnel.
(ou contre courbure) ou reflex/deflex
A l’arc à
courbure décrit ci-dessus, on ajoute un deflex aux branches près des
poignées. C’est à dire, que l’on procède tout d’abord au
courbage de la branche près de la poignée en direction de l’archer
(courbure convexe), puis on réalise une courbure à l’opposée
beaucoup plus prononcée (courbure concave). C’est le design le plus
efficace (en dehors des arcs composites) qui réunit un armement doux et
une grande vitesse de flèche. Le deflex rend moins dure la tension dans
les premiers pouces d’armement, et la traction de la corde est plus
facile.
C’est l’arc
des Scythes, des Tatars, dont il a existé de nombreuses variantes au
cours de l’histoire du Moyen-Orient et de l’Asie Centrale. C’est
également l’arc coréen. Comme l’arc turc, il est constitué d’un
assemblage de bois, de tendon et de corne, enduit avec de la colle de
vessie natatoire de poisson. Il présente les mêmes caractéristiques
que l’arc turc.

Sans
commentaire.
Avantages et inconvénients
L’arc que je
vous propose de réaliser ici est un arc à courbure, dont les courbures
restent fermes lors de l’armement. A partir de ce modèle, vous
pourrez réaliser tous les autres types d’arc, setback, reflex, deflex/reflex…
Mais avant d’aborder la partie opérationnelle, il paraît
indispensable de comprendre la mécanique des arcs à courbure. En
effet, afin de faire les bons choix selon le bois dont on dispose, de
trouver le bon dosage entre la longueur des branches, leur poids, le
degré de la courbure et la longueur de cette courbure, il convient de
comprendre la mécanique des arcs à courbure.
La courbure de
l’extrémité des branches a pu être adoptée dans un premier temps
dans le but d’éviter que la corde ne glisse hors des coches, les
performances acquises ayant été constatées par la suite. Ces
avantages sont considérables. Le premier et le plus évident est un
gain de vitesse.
En moyenne un
arc à courbure envoie une flèche à la même vitesse qu’un arc droit
de puissance 20 à 30 % plus élevée. La raison en est que l’énergie
stockée est plus importante dans un recurve. En effet, l’arc à
courbure est dur à armer dès les premiers pouces de l’armement.
Arrivé à la moitié de l’armement, au moment où la tension devrait
augmenter de façon intolérable, les courbures prennent le relais et
jouent leurs rôles de leviers. Ce sont elles et leur tillering qui
emmagasinent la puissance en restant le plus courbé possible. Ce sont
elles qui reculent à l’armement, pendant que le reste des branches
recule peu. La portion des branches en contact avec la corde n’est pas
soumise à une tension avant de jouer le rôle de cames. L’énergie réside
surtout dans la résistance des courbures. C’est cette énergie
potentielle qui donne toute la rapidité à la flèche. Elle est
directement proportionnelle au stress infligé aux branches par la
courbure. Ainsi, plus l’angle de la courbure est important, et/ou plus
le pourcentage de longueur de branche en contact avec la corde est
grand, plus l’arc stockera d’énergie. De plus, l’angle que forme
la corde avec la branche reste faible à pleine allonge en comparaison
d’un flatbow. On estime que pour que des courbures soient efficaces,
elles doivent occuper au minimum 15 % de la longueur de chaque branche
quand l’arc est bandé et être d’un angle d’au moins 60° au
final.

Recurve
et longbow : l’énergie emmagasinée est plus importante avec un
recurve qu’avec un longbow. C’est cette énergie potentielle qui
donne toute la rapidité à la flèche. Elle est directement
proportionnelle au stress infligé aux branches par la courbure. Dès
les premiers pouces, l’arc est plus dur à armer. Arrivé à moitié
de l’armement, au moment où la tension devrait augmenter de façon
intolérable, les courbures prennent le relais et jouent leur rôle de
leviers.
Pour être
durable, voire concevable, un arc à courbure doit avoir un dos renforcé
(appelé « backing » en anglais). Le matériau roi en la
matière est le tendon, accompagné de colle naturelle (de tendon ou de
toute autre matière contenant une quantité importante de collagène).
Les principales caractéristiques du tendon sont les suivantes : le
tendon est dix fois plus élastique que le bois, mais pèse deux fois
plus lourd que lui. Il peut donc stocker plus d’énergie par unité de
poids. Le tendon rétrécit de 4 % en séchant.
La
pose de tendon a pour premier objectif de solidifier les courbures. Sans
lui, à pleine allonge, les courbures disparaîtraient ou bien
exploseraient. Il solidifie également le reste des branches qui
subissent une violente compression et extension. L’épaisseur de
tendon ainsi posé modifie le plan de compression du bois et assure la majorité du travail des branches. Par ailleurs, il
maintient les éventuels éclats de bois qui pourraient apparaître sur
le dos de l’arc.
Mais,
le désavantage du tendon (et de la colle) est qu’il est deux fois
plus lourd que le bois (comme la corne d’ailleurs). Ainsi, les arcs
fabriqués à base de tendons (et de cornes) doivent être courts, sinon
la masse des branches ralentie leur vitesse, et donc celle de la flèche.
On considère que pour les arcs de longueur supérieure à 64 pouces,
le backing devient un désavantage.
Il
en va de même pour les courbures. Si l’arc est trop long, il y a très
peu d’avantage à recourber les branches. En effet, les branches
soumises à une grande tension vont suivre la corde et diminuer
d’autant le gain de vitesse. La seule solution pour l’éviter serait
d’appliquer du tendon, ce qui alourdirait l’arc…
Les
courbures sont réellement efficaces sur des arcs courts, au dos renforcé
de tendons (il existe d’autres matériaux), avec des branches larges
et des matériaux élastiques.
Parmi
les différents types d’arcs à courbures décrits ci-dessus, on peut
faire les remarques suivantes : les recurves dont les courbures
restent fermes à pleine allonge sont plus efficaces que ceux dont les
courbures se déplient parce que l’angle de corde lors de l’armement
est moins important.
L’arc
deflex/reflex (à double courbure) est sans doute le profil le plus
efficace. Étant soumis à un stress relatif lorsqu’il est bandé, ce
design autorise une puissance faible lors des premiers pouces
d’armement. On peut alors utiliser des branches plus épaisses dont la
puissance est contrebalancée par les courbures. Les branches effectuent
alors moins de travail. Grâce à un parcours de faible ampleur, elles
ne sont pas beaucoup plus stressées à plein armement. Ceci permet au
bois de stocker plus d’énergie et d’en transmettre davantage à la
flèche.
Les
autres avantages de l’arc à courbure sont les suivants : ils ont
une décoche plus douce (choc moins important) que les longbows. Ceci
peut être attribué à un mouvement des branches plus vertical, et également
au fait qu’ils sont plus courts, donc moins lourds. Par ailleurs, en
raison d’un angle de corde plus faible et d’une puissance plus
importante pendant les premiers pouces de l’armement, les recurves ont
moins tendance à subitement devenir dur (proche de la rupture) dans les
derniers pouces de l’armement. Ce phénomène appartient surtout aux
longbows. Un autre point positif du recurve, surtout lorsqu’il est
fabriqué à partir de matériaux mécaniquement non transformés, est
que le « suivi de corde » a beaucoup moins d’importance
que pour un longbow. Si le « suivi de corde » diminue
l’efficacité des arcs droits, ce n’est pas le cas des recurves, les
doubles courbures jouant leur rôle de came.
Les
arcs à courbure sont plus courts. Les arcs courts sont plus faciles à
manœuvrer dans les bois ou sur le dos d’un cheval. Cette qualité est
importante pour le chasseur qui se meut en forêt. Il peut maintenir une
vitesse de flèche élevée (et éviter ainsi que l’animal ne saute à
la corde) et réaliser des approches dans des taillis plus épais. Cette
qualité fut également appréciée des cavaliers turcs et des peuples
d’Asie Centrale, ainsi que des Indiens d’Amérique du Nord
lorsqu’ils découvrirent le cheval au XVIème siècle. De plus, cette
petitesse permet l’utilisation de morceaux de bois plus courts, qui
sont plus faciles à trouver.

Recurve
statique : lorsque l’arc est à plein armement (photo du
dessous), la courbure reste statique. L’angle qu’elle forme avec la
branche reste le même que celui de l’arc au repos (photo du dessus).
Notez également la faiblesse de l’angle de corde à plein armement,
gage d’une énergie potentielle et d’un rendement important.
Toute médaille
a son revers, et les recurves présentent certains défauts. D’une
manière générale, ils sont moins précis que les longbows. En effet,
les branches étant plus courtes, elles jouent moins leur rôle de
stabilisateur. Plus dynamiques, les branches sont plus vives et ébranlent
davantage l’arc lorsqu’elles reviennent dans leur position initiale.
Par ailleurs, les recurves ont une décoche plus bruyante. Ceci peut être
attribué au retour de la corde après la décoche qui vient claquer
contre le ventre de l’arc. Cet inconvénient peut se révéler un véritable
handicap pour le chasseur. Pire, le bruit de la corde peut faire
esquisser un mouvement au gibier avant que la flèche ne l’atteigne,
entraînant une atteinte dans une partie non vitale. Notons que ce
dernier défaut peut être atténué en tirant des flèches un peu plus
lourdes que la normale. Elles absorberont
mieux l’énergie. Elles seront également plus pénétrantes,
ce qui ne sera pas sans déplaire au chasseur.
Mais l’inconvénient
du recurve réside avant tout dans sa construction. Tout d’abord il
est très long à construire par rapport à n’importe quel longbow. Ce
dernier peut être réalisé en quelques heures par quelqu’un qui maîtrise
bien son sujet. De plus, un arc droit peut être fabriqué avec quelques
notions, n’importe où, et avec très peu d’outils. Ce n’est pas
le cas de l’arc à courbure. Non seulement il demande du temps, mais
il nécessite davantage de connaissances et utilise plus de matériaux.
La préparation de tendon, de la colle, leur application sur l’arc
sont des opérations très consommatrices de temps. De plus, les tendons
et la colle craignent l’humidité, ce qui n’est pas pour plaire le
chasseur. En outre, souris, chiens et insectes apprécient également
les qualités du tendon, mais pour d’autres raisons que celles du
facteur d’arc.
Il est
maintenant temps de choisir le profil de l’arc à construire.
Plusieurs paramètres vont entrer en ligne de compte et le choix va se
faire en fonction du bois dont on dispose (de ses qualités techniques),
de la puissance que l’on souhaite atteindre, de la vitesse recherchée
et de la taille maximale que l’on veut donner à l’arc. De là dépend,
le degré de courbure, la longueur de ces courbures, la précision de
l’arc. Toutes ces données sont intimement liées.
Je vais prendre
pour exemple l’arc dont je décris la construction dans ce chapitre,
et exposer les raisons qui m’ont conduit à déterminer ses
dimensions.
Je cherchais à
fabriquer un arc dont la vitesse de la flèche serait équivalent à un
flatbow de 60 livres. Compte tenu des données décrites ci avant, je
choisissais de fixer la puissance de mon recurve 20 % au-dessous de 60
livres, soit 50 livres. Le bois dont je disposais était du frêne.
Mesurant la largeur moyenne de mes flatbow réalisés dans cette
essence, soit 2 pouces, je décidais d’augmenter cette largeur à 2
pouces ¼. Je retirais par sécurité 5 livres sur les 50 trouvés précédemment.
Pour déterminer la longueur de l’arc, je tenais compte du fait que
j’utilisais un bois de performance moyenne, et je choisissais de ne
pas réaliser un arc trop court, sans excéder 64 ou 65 pouces (longueur
au-delà de laquelle le tendon alourdit inutilement les branches). Je
choisis 60 pouces, de façon à obtenir des branches assez légères et
profiter au maximum de l’efficacité du design, et aussi pour défier
un recurve de ma connaissance en bois lamellé collé et fibre de verre.
De là, je tirais la longueur des courbures que je fixais à 25 % de la
longueur totale de chaque branche (longueur prise entre l’extrémité
de la branche et le tout début de la courbure, en vue d’arriver à
une longueur de contact corde/arc d’au moins 15 % lorsque l’arc sera
bandé). J’optais pour un angle de courbure classique, soit 60°.
Enfin, je choisis d’appliquer du tendon sur 1/3 de chaque branche, au
niveau de la courbure et non sur la totalité des branches. En effet, un
arc de 60 pouces large de 2 pouces ¼ aurait consommé trop de tendon à
mon goût. Ceci aurait eu tout d’abord pour effet de vider mon stock
de tendon durement acquis, de me prendre un temps infini pour
l’appliquer et finalement d’alourdir significativement les branches.
Je choisis donc de recouvrir le reste des branches avec de l’écorce
de merisier. C’est un matériau très résistant, plus léger que le
tendon et plus rapide à appliquer.
A vous de faire
votre choix, en fonction de vos besoins et du bois dont vous disposez.
Si vous utilisez de l’if, vous pourrez réduire la largeur et la
longueur de l’arc. Si vous utilisez de l’érable il vous faudra les
augmenter.

Emmanuel
Martin libérant les nombreuses heures passées à fabriquer son arc.
:
La première
chose à prévoir dans la construction d’un arc à courbure, c’est
du temps ! Prenez le nombre d’heures qu’il vous faut pour
fabriquer un flatbow et multipliez par 2 ou plus souvent par 3. Mais, la
première fois que vous armerez votre recurve, que vous sentirez les
courbures jouer leur rôle de cames, que la flèche s’envolera comme
une fusée, vous serez prêt pour commencer votre deuxième recurve. La
figure suivante vous donne toutes les dimensions dont vous avez besoin
pour construire l’arc que j’ai décrit ci-dessus.
:
Dimensions :
D’une longueur totale de 60’’, les dimensions de cet arc
permettent d’obtenir un recurve aux performances intéressantes.
L’angle que forme la courbure avec la branche est de 60° (ou 120°).
La longueur de cette courbure est de 7’’ ½, soit 25 % de la
branche.
:
:
:
La billette de
bois que vous utiliserez aura une longueur de 65 pouces et une largeur
de 2 3/8 de pouces. Ces dimensions vous permettront d’arriver en toute
sécurité aux dimensions de l’ébauche de l’arc, soit 60 pouces et
2 pouces 1/4.
:
:
:
Billette :
les dimensions indiquées ici concernent une billette en frêne. Si vous
utilisez de l’if la largeur pourra être réduite d’1/4 de pouce.
Taillez votre
arc, sa poignée et désépaississez-le de la même manière que pour un
flatbow, et obtenez une épaisseur de ½ pouce à l’extrémité des
branches, et de ¾ de pouce près de la poignée. En fait, tout se passe
comme pour un flatbow jusqu’à l’étape du floor
tillering. La seule différence, c’est qu’il faudra laisser aux
branches leur largeur sur toute la longueur. Il est en effet très
prudent de ne pas réduire les extrémités des branches à leur profil
final avant de les avoir recourbées. Lors de l’opération qui donnera
la courbure, les branches peuvent se tordre légèrement. Si la billette
a déjà été affinée, il y a un risque pour que les futures poupées
ne soient pas dans l’axe central de l’arc, et qu’ainsi la corde ne
passe pas exactement à la verticale de la poignée. Garder aux extrémités
toute leur largeur permet de réaliser plus facilement une courbure avec
le même angle sur toute la largeur des branches. De plus, ceci permet
d’ajuster plus tard la largeur lors de la phase de tillering, ce qui
peut être un avantage pour une éventuelle correction.
:
:
Ébauche :
Les branches resteront dans leur plus grande largeur (ici 2’’ ¼)
pendant toute la phase de courbage, y compris à l’extrémité des
branches.
Commencez la
phase de floor tillering jusqu’à ce que les deux branches courbent légèrement.
Ne retirez pas de bois sur les 10 derniers pouces et laissez-les à un
minimum de ½ pouce. Il est important d’obtenir à ce stade une épaisseur
minimum qui facilite l’opération de courbage sans retirer trop de
bois afin de garder la rigidité de la future courbure.
Comme je l’ai
indiqué ci-dessus, la courbure portera sur 25 % de chaque branche
(avant que l’arc ne soit bandé), soit environ 7 ½ pouces pour le modèle
qui nous occupe. L’angle recherché est de 60° par rapport au plan de
l’arc. Pour atteindre cette courbure de 60°, il va être nécessaire
de faire plier la branche de 10 à 20° supplémentaires, soit 70 à 80°.
En effet, il faut dores et déjà prendre en compte une déperdition
naturelle qui se manifestera lors des premiers armements et qui ramènera
l’angle aux environs de 60°.
Pour courber une
branche, plusieurs façons de faire sont possibles. Mais quelle que soit
la méthode employée, la règle suivante reste toujours vraie : plus un
bois est chauffé longtemps, en une ou plusieurs fois, plus il devient
faible. En effet, la chaleur altère les propriétés mécaniques du
bois. Appliquée avec excès, elle rend le bois aussi malléable que du
carton. C’est pourquoi il est important que les branches soient les
plus fines possibles à l’issue du floor tillering. Plus la branche
sera mince, moins longtemps elle aura besoin de chauffer, moins elle
s’affaiblira.
Il faut tout de
même laisser une épaisseur minimale, ne serait ce que pour terminer le
tillering, mais aussi parce qu’à l’issue du courbage, la surface du
ventre peut présenter des éclats de bois ou se fissurer à l’endroit
de la courbure malgré les précautions qui auront été prises.
D’autre part, il ne faut pas perdre de vue que les courbures resteront
fermes à l’armement et que pour cela, elles ne doivent pas être trop
minces.
C’est la méthode
la plus naturelle, mais aussi la plus risquée. Je la déconseille pour
un courbage qui vise à recourber les branches au-delà de 30°. Elle
est également moins recommandée pour les recurves dont la courbure
reste ferme à l’armement, puisque le bois est plus épais et donc
plus difficile à plier. Toutefois, pour le modèle dont je décris plus
particulièrement la construction, son principe pourra servir lors de la
phase finale du tillering. Cette méthode consiste à chauffer le bois
par application d’une source de chaleur directement sur la partie à
courber et à plier le bois sur son genou par exemple. Pour cela, on
peut utiliser l’ancienne méthode des indiens Modoc qui appliquaient
des pierres chaudes et de la mousse sur la branche. On peut également
approcher la branche auprès de braises chaudes, comme je l’ai vu
faire par les Wayanas de Guyane pour redresser leurs arcs. Des moyens
plus modernes existent bien sûr. La gazinière de la cuisine, les résistances
électriques d’un four ou d’un grill. Personnellement, ma préférence,
en dehors des moyens traditionnels, va aux résistances électriques
d’un four, surtout lorsque l’on débute dans le métier. En effet,
le plus grand danger lors de la courbure d’une branche par chaleur sèche
est de la transformer en charbon de bois. J’évite toute flamme en
utilisant le four électrique familial. Pour empêcher le bois de
noircir malgré tout (et ceci est surtout vrai pour les « bois
blancs ») j’enduis
copieusement la partie de la branche à courber avec du suif, une
graisse animale qui protège mieux qu’une graisse végétale.
L’idée est de
faire pénétrer lentement la chaleur dans le bois, et pas seulement en
surface. Il ne faut donc pas coller la branche à la source de chaleur,
mais la maintenir à une certaine distance (en fonction de l’intensité
et du risque de carbonisation) pour laisser le bois s’échauffer peu
à peu, aider en cela par le suif qui devient liquide et pénètre le
bois. Il faut donc que la source de chaleur ne soit pas réglée sur une
température très élevée. Si vous possédez des chutes du bois avec
lequel vous avez fabriqué votre arc, faites des essais avant de passer
à du sérieux.
Vous voilà fin
prêt. L’une de vos branches est enduite de suif côté ventre et côté
dos. Vous avez pris soin de faire une petite marque à l’endroit où
vous allez plier le bois, déterminant par là, la longueur de votre
future courbure. Le four électrique, par exemple, est allumé
thermostat 3 ou 4 (assez faible). Munissez-vous de gants et d’un linge
pour protéger votre genou. C’est lui qui servira d’appui pour plier
le bois. Approcher la branche de la résistance électrique et la
maintenir à environ 3 cm (15 cm si la source de chaleur est une flamme.
Faîtes des essais !). Attendre 2 minutes, retourner la branche et
l’appliquer de la même manière pendant 2 nouvelles minutes.
Surveillez sans arrêt la surface du bois afin de détecter tout début
de carbonisation. Retirez la branche. Testez contre votre genou la résistance.
Ne forcez pas, vous sentirez tout de suite si le bois cède ou ne cède
pas. S’il ne plie pas, recommencez l’opération de chauffage pendant
1 à 2 nouvelles minutes et ainsi de suite jusqu’à ce que le bois cède.
Procédez lentement. N’essayez pas d’arriver rapidement au résultat.
Soyez patient. L’aspect de la surface est un excellent guide. En général
j’attends que la graisse émette quelques bulles avant d’essayer de
faire plier le bois.
Dès que vous
sentez que le bois cède, pliez la branche de quelques degrés, jusqu’à
ce que vous sentiez une résistance. Maintenez la branche dans cette
position pendant environ 30 secondes à 1 minute, le temps que le bois
se refroidisse.
Procédez de
cette manière jusqu’à obtention du degré de courbure désiré. Vérifiez
ensuite que l’extrémité de la branche est toujours dans l’axe de
l’arc. Si ce n’est pas le cas, chauffez-la de nouveau et
redressez-la. Faites de même pour l’autre branche. Comparez-la avec
la première et ajustez l’une ou l’autre jusqu’à obtention de
courbures homogènes. Lors de la finition, vous serez peut-être amené
à réchauffer l’une ou les deux branches si la corde ne passe par le
centre de l’arc ou si les branches se tordent.
Il faut savoir
que cette méthode donne des résultats assez inégaux d’une essence
de bois à une autre. Elle fonctionne assez mal pour le frêne, par
exemple, lorsqu’il est épais de ½ pouce.
Cette méthode
est à préconiser pour réaliser de fortes courbures (supérieures à
30°), ainsi que pour celles effectuées sur des branches épaisses en
vue d’obtenir un arc dont les courbures restent fermes à
l’armement.
La méthode que
je décris ici consiste à plonger la branche dans un bain d’eau
bouillante et à la faire plier à l’aide d’une forme. Il est également
possible d’employer de la vapeur pour chauffer la branche à plier,
mais je ne l’ai personnellement jamais expérimenté.
Faire bouillir
est un moyen moins risqué. Il est plus doux.
La première étape
consiste à fabriquer une forme. Elle doit avoir les dimensions qui vous
permettront d’obtenir l’angle et la longueur de courbure recherchée.
Celle que j’ai employée pour cet arc formait un angle de 90 ° avait
une longueur d’environ 25 cm et était un peu plus large que les
branches. Pour mieux épouser le dos de l’arc et faciliter sa mise en
place pendant le doux moment d’euphorie du courbage, je l’avais légèrement
creusée avec une gouge afin de la rendre concave sur la face en contact
avec l’arc. Elle doit présenter un angle supérieur au degré de
courbure souhaité, le bois se détendant toujours lorsqu’on desserre
les serre-joints. On tient compte d’une détente du bois lors des
premiers armements. Il vous faut également employer une lame d’acier
flexible de la largeur de la branche et d’une longueur de 30 centimètres
au moins. Cette lame d’acier sera appliquée contre le ventre de
l’arc sur la partie à courber dans le but de comprimer le bois et
d’éviter ainsi que des éclats de bois ne se détachent. Pour ma
part, j’emploie une règle de tapissier dont la souplesse me sert également
à tracer le profil de mes
arcs. Elle sera coincée avec les 5 serre-joints qui vous seront nécessaires.
La principale
difficulté est de trouver un récipient suffisant pour accueillir cette
espèce de sabot coincé au bout d’un grand ski, avec des tiges de métal
qui dépassent de partout. Il faut un récipient qui soit à la fois
profond et large. J’ai la chance d’en posséder un installé
au-dessus d’un foyer dans une vielle buanderie qui n’a pas vu de
lavandières depuis plus de 40 ans. La meilleure solution peut être un
vieux fût de 200 litres coupé en deux et bien dégraissé (attention
au produit qu’il pouvait contenir, il était peut être toxique ou
pourrait altérer le bois !). Mais il y a sûrement d’autres
solutions à inventer.
Vous avez placé
votre forme et votre lame d’acier à l’extrémité de l’arc à
l’aide d’un premier serre-joint. L’eau commence à être assez
chaude. Plongez le tout dans l’eau. Le bois va ainsi chauffer en même
temps que l’eau, ce qui lui évitera de se craqueler par un choc
thermique. Arrivé à ébullition, attendre au moins 30 minutes suivant
l’épaisseur de la branche. La règle est de laisser le bois 30
minutes par ½ pouce d’épaisseur lorsque l’on va lui faire subir un
courbage si important. Retirer l’arc à l’aide de gants. Attention !
Vous avez au maximum 30 secondes pour agir. Dépasser ce temps, le bois
reprend sa raideur naturelle. Placer un deuxième serre-joint à
quelques centimètres du premier et commencer à serrer jusqu’à
sentir une résistance. Replonger l’engin dans l’eau bouillante et
attendre 10 minutes. Sortir et serrer le deuxième serre-joint.
Recommencer l’opération jusqu’à ce que le deuxième serre-joint
soit complètement serré. Puis faites de même avec le troisième puis
l’éventuel quatrième serre-joint qui sera placé quant à lui à
l’extrémité de la forme. Attendre 24 heures avant d’enlever la
forme et plusieurs jours avant de mettre la branche sous tension.
Pendant tout ce
travail, il faut surtout
arrêter de serrer dès que l’on sent que le bois n’est plus sous
l’influence de la chaleur, sinon on risque d’éclater le bois, de le
fendre ou bien encore de le transformer en papier carton.
:
Forme :
La forme, placée à l’extrémité de la branche à l’aide d’un
serre-joint, a bouilli pendant 30 minutes. Un second serre-joint est
placé près du premier et serré de quelques centimètres. La branche
commence à courber. Après chaque bain de 10 minutes, vous avez 30
secondes au maximum pour agir. Puis un troisième et enfin un quatrième
serre-joint sont placés au fur et à mesure que la courbure progresse.
Notez la présence de la lame d’acier maintenue par le premier
serre-joint et par un cinquième qui n’apparaît pas sur cette photo.
:
:
Rappelez-vous
aussi, que plus le morceau de bois aura besoin d’être plongé dans
l’eau bouillante, plus il deviendra faible par la suite. Vous risquez
ainsi d’obtenir de jolies courbures qui s’effaceront à la première
prise de corde ou qui plieront exactement en sens inverse, transformant
votre arc en jouet, en souvenir, ou en petit bois pour allumer le feu.
Soyez donc méticuleux afin d’obtenir votre courbure en quatre à cinq
bains. Mais ces chiffres sont indicatifs, ils peuvent varier d’un bois
à un autre, d’une essence à une autre.
Cette remarque
est également vraie pour la courbure par chaleur sèche. Courber
l’autre branche de la même manière, en prenant soin de lui donner un
angle et une longueur de courbure identiques à la première.
Vous pouvez
maintenant dessiner et tailler l’extrémité des deux branches afin de
leur donner leur forme définitive. Personnellement, je maintiens les
branches dans leur plus grande largeur (ici 2 ¼ pouces) jusqu’à un
point situé un peu avant la base de la courbure. La largeur à l’extrémité
de la branche est de ¾ de pouce.
C’est
maintenant une étape assez longue qui vous attend. Reportez-vous au
chapitre qui traite du « backing ». Que ce soit dans le séchage
des tendons, leur préparation, leur application et la colle utilisée,
il n’y a pas de particularité liée au recurve. Toutefois, après
avoir essuyé quelques décollements intempestifs de tendon, je
conseille de placer des tendons enduits de colle autour de la branche à
l’endroit de la courbure. Ceci aidera le backing à résister à la
forte extension qui lui sera demandé. Rappelez-vous aussi que le tendon
et la colle sont 2 fois plus lourds que le bois et qu’il existe
d’autres matériaux pour remplacer le tendon. Trois à quatre couches
de tendon sont nécessaires.
La phase du
tillering peut maintenant débuter à proprement parler. Votre expérience
en matière de tillering sur les longbow va être ici très utile. Ménagez-vous
du temps pour cette phase et essayez de ne pas être dérangé.
Commencez par retirer du bois sur toute la longueur des branches, en
obtenant un profil idéal, aux épaisseurs qui tendent à se rapprocher
des épaisseurs finales. Retirez également du bois sur les courbures et
les poupées. Elles peuvent présenter des éclats de bois ou de petites
fentes à l’issue du courbage qu’il convient de faire disparaître.
Il faut être extrêmement attentif à ne pas trop vous attarder à
l’endroit exact de la courbure. En effet, ce point fait saillie et si
vous utilisez une râpe, il sera plus vulnérable.
N’allez pas
trop vite et mesurez régulièrement l’épaisseur sur toute la
courbure afin de ne pas dépasser les dimensions auxquelles vous
souhaitez arriver. Vérifiez la courbure en floor tillering (en coinçant
la branche avec votre pied).
:
Profil
final : Voici les épaisseurs de 6’’ en 6’’ du profil final
d’un arc à courbure en frêne. La courbure est épaisse de
11/32’’ sur presque toute sa longueur, ce qui lui permet de
conserver sa rigidité pendant l’armement (recurve statique). Au
niveau de la poupée, elle est plus épaisse avec 7/16’’.
:
Comparez avec
les arcs que vous avez déjà réalisés, et vous saurez si votre arc
est très loin de la phase finale de tillering ou si vous pensez en être
au début. Dès que vous le jugez possible, utilisez la longue corde de tillering. Pour
ma part, je ne taille pas les coches à ce stade. Je bloque les anneaux
de la corde à l’aide de ficelles entourées autour de l’extrémité
des branches. Ceci m’évite d’interrompre la phase de tillering pour
tailler rapidement des coches qui se révéleront par la suite excentrées
ou sans symétrie du fait de ma hâte à reprendre le tillering.
Placez la barre
de tillering et tendez la corde. Essayer de faire courber l’arc de
quelques pouces. Si cela n’est pas possible, continuez à retirer du
bois. Si vous y arrivez, vous allez tout de suite vous apercevoir si les
2 branches sont dans le même axe ou pas. Si elles ne le sont pas (ce
qui est le cas en général), la plus faible ou la plus excentrée va se
tourner sur elle-même, au point que si vous tirez davantage sur la
corde, la branche va complètement décaler cette dernière hors de la
largeur des branches. Il convient bien sûr de stopper immédiatement la
traction. Les raisons de cette réaction sont simples. Le bois courbe
davantage là où il est le plus faible. En effet, malgré les soins
apportés il se peut très bien que lors de la phase de courbage des
branches, l’une d’elles ou les deux n’aient pas courbé avec le même
angle sur toute la largeur. Il est également possible que, sur le
ventre de l’arc, vous ayez involontairement retiré plus de bois sur
un des deux bords, et qu’ainsi la branche se mette à twister. Par
ailleurs, il peut exister une faiblesse dans le bois qui se révèle à
ce moment.
Replacez l’arc
sur la barre de tillering et faites un nouvel essai. Si tout va bien,
vous pouvez cette fois-ci armer l’arc de plusieurs pouces et accrocher
la corde à un cran de la barre sans que l’arc ne se voile. Sinon,
vous devez de nouveau corriger la branche en la chauffant.
La phase de
tillering ne peut alors continuer. Il faut redresser la branche fautive.
Rassurez-vous, cela arrive souvent et vous pouvez très bien avoir à
redresser 4 ou 5 fois une branche au cours du processus de tillering,
puisque au fur et à mesure que vous retirez du bois, vous modifiez l’épaisseur
des branches et donc leur courbure.
Pour redresser
la branche fautive, c’est tout simple. Pas de panique. Vous n’aurez
pas besoin de retirer tout le tendon et de refaire une séance d’eau
bouillante (comme je l’ai tristement expérimenté dans un premier
temps), il suffit d’employer la méthode de la courbure par chaleur sèche
que j’ai décrite ci-dessus. N’ayez crainte pour votre tendon. Seul
le ventre sera chauffé, et la chaleur n’aura pas d’effet sur le dos
de l’arc.
:
Tillering :
La courbure fait saillie. Attention à ne pas trop s’attarder sur ce
point plus vulnérable. Effectuer quelques passages avec la râpe, puis
contrôler l’épaisseur à l’aide pied à coulisse. La râpe que
j’utilise est une râpe de maréchal ferrant (merci Didier Lefebvre),
dont la largeur et la forme des dents sont particulièrement utile pour
le tillering.
:
Les règles sont
les mêmes que pour le courbage par chaleur sèche. Mais attention
pendant cette opération à ne pas chauffer la partie courbée. Il
convient de se concentrer sur celle qui se trouve 5 à 15 centimètres
avant la courbure afin de ne pas voir cette dernière disparaître. Après
avoir enduit le ventre de l’arc à l’aide de suif, réglez votre
four (si vous utilisez comme moi un four électrique) sur le thermostat
3 ou 4. Maintenez le ventre de l’arc à 3 ou 4 centimètres de la résistance
pendant 2 minutes, puis 2 nouvelles minutes si cela n’est pas
suffisant. Il faut chauffer juste assez pour plier le bois, mais pas
plus, sinon le tendon peut être endommagé. Prendre la branche entre
ses deux mains et la tordre dans le sens de rotation opposé au
voilement qu’elle présentait lors de l’armement sur la barre de
tillering. Maintenir ainsi pendant 30 secondes jusqu’à ce qu’elle
refroidisse et jugez si la correction infligée est suffisante au regard
du voilement observé à l’armement. Laissez le bois retrouver une
température normale.
:
:
Procédez
maintenant exactement de la même manière que vous le faites avec un
longbow, tout en gardant une épaisseur suffisante au niveau de la
courbure afin de lui conserver une rigidité.
Au fur et à
mesure que vous retirerez du bois, que vous pèserez la puissance de
votre arc, que vous le placerez sur la barre de tillering pour vérifier
l’harmonie de la courbure des 2 branches, il pourra arriver que
l’une d’elle se mette à twister comme décrit précédemment. Vous
reprendrez ainsi autant de fois le chemin de la cuisine puis celui de
l’atelier, jusqu’à obtenir la
puissance recherchée (+3 ou 4 livres qui disparaîtront pendant la
finition), une courbure harmonieuse et des branches qui reculent
exactement dans l’axe central de l’arc à pleine allonge. Peu
importe que les branches de votre arc semblent tordues ou voilées
lorsqu’il n’est pas bandé. L’important, c’est que
l’alignement soit parfait quand la corde est en place et quand vous
armez votre arc.
:
Puissance
et courbure : Après avoir redressé 4 fois le voilement des
branches, je contrôle leur déformation pour m’assurer qu’elles ne
tournent pas sur elles-mêmes, tout en mesurant la puissance à l’aide
d’un pèse-personne.
:
Une fois que
votre arc a trouvé cette harmonie, bandez-le à 6 ou 7 pouces et
armez-le une dizaine de fois. Encochez une flèche et détendez-vous. Si
tout va bien vous serez gagné par la douceur de l’armement et surpris
par la vitesse de la flèche. Il est également possible que vous
explosiez de joie.
Après 20 flèches,
contrôlez de nouveau la courbure, la puissance et l’axe de la corde
par rapport à celui de l’arc. Pour la finition, je conseille mille
fois de vernir votre arc. Colle et tendon étant très sensibles à
l’eau et à l’humidité ambiante, il serait létal pour l’arc de
les voir retrouver leur texture blanche et pâteuse. Dès que
j’emploie du tendon dans la fabrication d’un arc, je n’hésite pas
à appliquer 10 couches de vernis. Je le mets régulièrement au soleil
et j’évite de l’emmener à la chasse par temps de pluie.
Je vous souhaite
autant de plaisir que j’ai pu en avoir le jour où mes premières flèches
se sont envolées de mon premier arc à courbure. Beauté des formes,
vitesse et noblesse sont au rendez-vous. A vous de jouer !
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